Juillet 1975

Droit et devoir
Le fonctionnaire est-il au service de l’administration ou de ses administrés, sachant que dans la majorité des cas, leurs intérêts divergent ?

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Dans la continuité
L’administration, c’est un lieu où la vie meure.

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Note pour moi-même
Il est temps que je la quitte !

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Zévoulon, êtes-vous un écrivain engagé ?
Je suis un écrivain engagé dans l’écriture, et pour cela, j’essaye de me dégager d’un maximum de contingences matérielles.

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Le mal du siècle
Quand j’ai mal au dos, j’attends que cela se tasse…

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La littérature, une transmission de pensée ?
La littérature est encore dans le cœur de ceux qui savent qu’elle existe ; mais ils commencent à se faire vieux ; ils commencent à ne plus se faire entendre et à être oubliés. J’ai encore un peu de temps pour faire partie de ceux-là. La littérature est également dans le cœur de ceux qui ont envie de la transmettre ; je crois faire partie de cette catégorie. Mais comment y parvenir si je n’ai personne à qui transmettre (les lecteurs) ce que j’ai à transmettre ? Là est toute la question…

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La chasse aux ismes
Le racisme ? Je déteste ce mot, tant il m’est étranger.

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Seul oui, mais tous ensemble !
Aujourd’hui, tout le monde a quelque chose à dire ; et le fait savoir. Le revers de la médaille, c’est qu’il n’y a plus personne pour écouter.

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Contre-analyse
Les livres ont une histoire mais ils n’ont pas besoin de moi pour la raconter.

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L’écrit de l’espoir
Que se passe-t-il pour qu’autour de moi les gens n’hésitent pas à passer la majeure partie de leur temps à s’envoyer des tonnes de petits messages sans intérêt la tête penchée sur leur téléphone portable et plongent dans le silence dès lors qu’on les aborde pour leur demander un peu d’humanité ? Je n’ai pas dit mon dernier mot. Et c’est peut-être pour cela aussi que j’écris, pour dire à tous ces gens devenus esclaves d’un misérable bout de plastique : relevez la tête et lisez mes livres, ils seront pour vous de fidèles et de bons compagnons !

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Tentative de définition par l’exemple
Le pessimiste : J’ai 50 ans et je n’ai pas vécu
L’optimiste : J’ai 50 ans et toute la vie devant moi

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Quand c’est dit, c’est dit !
Cela fait maintenant une dizaine d’années que j’écris. La semaine dernière, au cours du café littéraire de mon village auquel j’assistais pour la première fois (un moment d’ailleurs très agréable), j’ai osé dire : « Je suis écrivain ». J’avance, doucement mais sûrement…

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Écrire pour ne pas mourir
J’avoue trouver la formulation un peu excessive. Je dirais plutôt : « Écrire pour être moi‑même ». Finalement, c’est un peu la même chose…

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25 octobre 2019 – Une date à retenir ?

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Double injustice
Aviez-vous remarqué que l’on se souvenait plus facilement des assassins que de leurs victimes ?

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Vous rêvez d’écrire un livre mais vous ne savez pas par où commencer ? Vous avez un manuscrit dans un tiroir et vous cherchez à l’améliorer ? En m’appuyant sur trente années d’expérience d’écriture professionnelle et d’innombrables exemples littéraires, je peux vous aider à trouver l’angle, préciser l’atmosphère, ciseler le style… Parce que l’écriture est un véritable métier, rien de tel que l’avis d’un pro !
Je tiens à vous rassurer, cette publicité ne sort nullement de mes pensées. En la lisant une première fois, elle m’aurait presque amusée. À sa deuxième lecture, je dois vous avouer que cela m’a rendu triste…

Mercredi 12 novembre 2019
Si un jour je devais voir mon livre « La tête dans le guidon » terminé puis publié et qu’en rencontrant un lecteur, celui-ci me dirait : « vous, vous êtes le Poulidor de la littérature » alors je pourrais dormir tranquille ; quoique question caractère, je me demande si je ne serais pas plus proche de Bernard Hinault…

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Au lecteur (encore…)
J’ai parfois envie de dire au lecteur, alors qu’il est face à un livre : « lisez-le et surtout évitez de l’analiser »

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Pour la bonne cause
Il est toujours facile de trouver de bonnes âmes prêtes à s’engager pour la bonne cause, surtout quand cette dernière est gagnée d’avance ; pour celles perdues d’avance, il y a souvent beaucoup moins de monde qui se bouscule au portillon.

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Retour de bâton
Le plus terrible avec l’égoïste, c’est que si vous lui donnez quelque chose qui vient du fond du cœur, il vous le recrachera à la figure.

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Tout mais pas l’indifférence
À vouloir rechercher l’unanimité, on obtient l’indifférence

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Lettre du 18 décembre 2019 aux membres du café littéraire de Lévis-Saint-Nom

Bonjour à tous,

Au-delà du moment convivial passé en votre compagnie où j’apprécie vous écouter évoquer vos lectures, mes mauvaises nouvelles et moi-même souhaitions également vous remercier pour vos remarques, commentaires mais aussi pour vos critiques. Je dois vous avouer que sur le moment, j’ai été un peu frustré de certaines… de mes réponses ! En effet, j’ai souvent besoin de réfléchir assez longuement à ce que l’on me dit, et souvent mes réponses immédiates ressemblent à de maladroites tentatives d’autodéfense. Comme je vous l’avais dit lors de notre première rencontre, c’est avec l’écriture que je me sens le plus à l’aise pour communiquer avec mon prochain.

J’aime profondément la langue française et j’essaye, modestement, de transmettre mes faibles connaissances en la matière. Je n’ai pas fait d’études littéraires et si j’ai de précieux souvenirs de ma dernière année d’école primaire, j’ai l’impression de ne pas avoir retenu grand-chose des longues études qui auront suivies. J’ai conscience de mes lacunes en terme de grammaire et de syntaxe ; je me fâche régulièrement avec l’accord du verbe avoir au participe passé ; j’aimerais parfois avoir plus de vocabulaire. Mais que ces faiblesses ne m’empêchent pas d’écrire… J’affectionne le point-virgule et l’imparfait du subjonctif et je trouverais dommage que l’on vînt à parler de ces deux trésors au passé. L’un comme l’autre font partie du patrimoine de notre langue ; ils l’enrichissent, la rendent plus vivante que jamais et je ne les utilise pas par snobisme. En revanche, peut-être ne suis-pas encore en capacité de les maîtriser complètement. Je suis également de ceux qui sont convaincus que la Littérature ne doit céder en rien aux autres langages, ainsi le langage parlé, le langage journalistique ou encore le langage administratif. Néanmoins, un texte littéraire doit être capable de proposer un dialogue entre un banquier et son client, le monologue intérieur de l’éboueur qui passe en bas de ma rue ; des choses simples finalement mais qui aujourd’hui me semblent de plus en plus absentes des livres que je feuillette dans les librairies. Je trouve que le décalage est saisissant entre ce qu’il se passe en bas de chez moi et ce qu’il se passe dans les livres. C’est extrêmement difficile à exprimer mais j’ai souvent l’impression que la plupart des livres contemporains n’ont pas d’âme, en conséquence de quoi ils nous jettent en pâture l’être humain dans tout ce qu’il a de plus inhumain (litote), malsain. Prenons un exemple :

Vingt-et-un ans plus tôt, en 1995, elles étaient trois à avoir franchi les portes de la Maison Blanche à la grâce d’un dossier scolaire exemplaire et de multiples recommandations. La première, Monica Lewinski, ne resterait donc qu’un météorite propulsée à l’âge de vingt-cinq ans dans la galaxie médiatique internationale avec, pour seuls faits d’armes, une fellation et un jeu érotique accessoirisé d’un cigare.

Je ne sais pas ce qui doit m’inquiéter. Que ce livre soit paru chez Gallimard ? Qu’il ait reçu le prix interallié et le prix Goncourt des lycéens ? Que je n’ai pas eu besoin de chercher bien longtemps (je n’ai même pas cherché d’ailleurs) pour trouver un livre qui parle de sexe ? Que l’horrible substantif accessoirisé soit absent du dictionnaire de l’Académie ? Les quatre sans doute, même si je dois reconnaître que les lycéens ont du être bien contents de pouvoir, en toute bonne conscience, s’adonner à de la littérature pornographique autorisée par les élites bien-pensantes. Je préfère m’arrêter là, je commence à devenir cynique et ironique. Cela ajoute une raison supplémentaire au fait qu’il est vraiment préférable que je me tienne éloignée de la société du spectacle.

Il m’est moi-même difficile de faire abstraction de cette réalité irréelle et c’est à juste titre que l’on pourra venir me dire qu’il y a de la brutalité dans mes textes. Pourtant, elle est loin d’être centrale, et encore moins gratuite ; la violence qui émaille mes textes n’est pas une finalité, c’est plutôt une façon d’appeler la résilience à déployer ses ailes. Prenons l’exemple de « Charité bien ordonnée… », texte dans lequel Thomas Colombin se retrouve du jour au lendemain dans un fauteuil roulant. Quand je relis ce texte, je me surprends toujours à admirer la force de caractère du personnage ; de sa capacité à se remettre en marche (j’utilise cette image à dessein) et sa volonté à continuer de vivre malgré l’épreuve. En tant qu’écrivain, ce qui fut le plus difficile, et je ne sais pas si j’ai réussi, c’est de tenter de me mettre à la place de cette personne sachant que jamais je n’ai connu cette situation. Ai-je bien retranscrit ce que peuvent être les interrogations d’une personne handicapée ? Je l’espère en tout cas et je m’en voudrais d’avoir trahi ce que pourraient être leurs peurs et leurs espérances. Globalement, le texte contient une réflexion beaucoup plus large sur la charité, l’important étant pour moi de ne pas débarquer avec les gros sabots du moraliste que je ne suis pas, mais plutôt de faire réfléchir chacun (et moi en particulier) sur le sujet : il m’arrive de passer devant un clochard qui fait la manche et de ne rien lui donner ; c’est le cas le plus fréquent et je me sens coupable. Il m’arrive parfois de m’arrêter et de donner une pièce voire un peu plus et je suis alors bien content de mon acte. Pourtant, dans les deux cas, j’ai agi par égoïsme ; surtout quand j’ai donné car finalement n’ai-je pas acheté un court instant un peu de bonne conscience pour un ou deux euros ? Peut-être arriverais-je un jour vraiment à donner par charité, la vraie, celle qui n’attend rien en retour.

Au-delà de ce thème très présent, il y a également des petites phrases qui, je l’espère, feront réfléchir le lecteur attentif, ainsi :

Il regretta alors un court instant de ne jamais prendre le temps de régulièrement faire des dons auprès de l’association caritative qui avait ses locaux en bas de sa rue, avant de se rappeler qu’il savait parfois se montrer généreux, à l’exemple du chèque d’un joli montant (dont les deux tiers étaient heureusement déductibles de ses impôts) qu’il faisait parvenir chaque début d’année à une organisation qui luttait contre des fléaux divers et variés à l’autre bout de la planète.

ou bien

Devant le premier étalage, il choisit un régime de bananes ainsi que des oranges avec le plus grand soin ; puis, estimant ce choix un peu trop trivial malgré leur lointaine provenance, il ajouta une belle barquette de fraises de type gariguette cultivées non loin de là, sans d’ailleurs s’étonner le moins du monde qu’elles fussent excessivement plus chères que les produits importés de l’autre bout de la planète.

Peut-être plus difficile à relever, je m’amuse à glisser ça et là des bouts de phrase à double sens comme celle-ci qui me fait toujours sourire quand je la lis car je ne pense pas nécessairement à une déchetterie ; si j’osais, j’écrirais que je trouve même cela beaucoup plus fin que le cigare de Monica !

ce bon père de famille ne pouvait s’empêcher d’éprouver, à chacune de ses visites dans ce lieu de perdition, un sincère sentiment de culpabilité

La Littérature fait partie de mon identité ; elle fait partie de moi ; elle est un peu moi : elle rit, elle pleure, elle réfléchit, elle vit, elle m… Non, que jamais elle ne meurt… Moi ? Le plus tard possible et en bonne santé évidemment…

Bien à vous, bonnes fêtes de fin d’année et au plaisir de vous retrouver en 2020 pour d’autres mauvaises nouvelles,

Jean-Wilfrid Berthelot dit Zevoulon

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Un 24 décembre dans une baignoire du Théatre de la Porte Saint-Martin

Cher Monsieur Luchini,

Ce message pour vous remercier d’avoir su si bien honoré la mémoire et la pensée de Charles Péguy et plus globalement pour votre attachement à la langue française. Sur ce dernier point, vous semblez déplorer le fait que la langue française soit de plus en plus malmenée, voire en voie de disparition. Je partage en partie ce constat mais je suis également convaincu que la langue française existe toujours ; que ceux qui l’aiment et la défendent contre vents et marées n’ont pas le droit à la parole. Vous pourrez me rétorquer que j’ai tort puisque vous-même avez la parole. J’avoue parfois me demander si finalement vous ne faites pas partie de la même « bande » que tous ceux que vous fustigez. Et si vous n’étiez qu’une caution morale de la « société bien-pensante » ? Ils auraient ainsi beau jeu de pouvoir dire : « mais vous voyez bien que nous sommes les premiers à défendre la liberté d’expression puisque Monsieur Luchini peut s’exprimer comme il le souhaite, aussi bien dans son théâtre que devant les médias ?

Croyez-bien en mes salutations respectueuses et voyez mon message comme une réflexion avant d’être une critique.

Bien à vous,

Jean-Wilfrid Berthelot dit Zevoulon

Bien entendu, Monsieur Luchini ne lira jamais ce message puisque je ne sais pas comment je pourrais le joindre.

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Idéologie
Que faire de nos belles idées quand le jour d’après elles sont utilisées pour provoquer un massacre ? Sans doute l’idée n’était-elle pas si belle que cela…

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Idée au logis
Dans le même ordre d’idée, peut-être est-il préférable de laver ses sales idées en famille.