2012 – LEONARD COHEN – Old ideas

Quel regard pouvions-nous avoir, quand on avait 18 ans,  sur un « vieux » de 54 ans qui chantait négligemment, lunettes, costard noirs et banane jaune en pochette, de sa voix caverneuse : I’m your man ? De mémoire, il est probable que nous hésitions entre le « Mon pote, t’es grillé, elles sont pour moi maintenant ! » et le « Putain, il va quand même pas nous piquer nos gonzesses le dandy sur le retour, merde alors ! » Entre moquerie et incrédulité. A moins que derrière tout ça, il y ait eu un peu de jalousie et beaucoup d’envie…

Les années passent, parfois doucement, parfois douloureusement. Nous traversons la vie, la vie nous traverse. Nous écoutons toujours les disques de nos vingt ans. Nous les réécoutons, parfois les redécouvrons. Plus rarement, nous les oublions.

De I’m your man en 1988 à Amen en 2012, le temps, cet architecte inlassable,  aura poursuivi son lent ouvrage. Nous aurons échafaudé des plans sans penser que nous pouvions les tenir à l’envers. Alors il nous aura fallu attendre que tout soit démoli afin d’espérer, peut-être, sûrement, mieux reconstruire.

Étais-je vraiment un homme quand je lui disais If you want a lover I’ll do anything you ask me to. And if you want another kind of love I’ll wear a mask for you ? N’ayons pas peur de faire tomber les masques, n’ayons pas peur de ralentir le rythme de la chanson, de fusionner l’âme à l’homme et l’homme à l’âme. Il ne sera alors jamais trop tard d’oser lui dire :

Tell me again when I’m clean and sober […] tell me that you love me then

Amen