La semaine de Pessah, sur le plan de la pratique, se caractérise principalement par :

– Un régime alimentaire particulier, à base de pain azyme.
– Deux repas, appelés Seder, pendant lesquels on lit la Haggadah de Pessah.

Sur le plan symbolique, Pessah est l’occasion de se souvenir du temps où le peuple hébreu est sorti d’Égypte. Cet événement constitue l’acte de naissance du peuple juif. Avant de parvenir à la libération, à « l’après », symbolisée par la traversée de la mer rouge, il y aura eu un « avant », symbolisé par l’esclavage, et un « pendant » symbolisé par le pain azyme, ce pain, encore en construction et qui n’a pas fini de lever.

L’acte de naissance se déroule donc en trois temps : avant, pendant et après. Il est à noter que dans le cas de la naissance du peuple juif, cela aura été bien difficile. Avant de pouvoir traverser la mer rouge, terribles auront été les épreuves.

Je ne sais pas vous, mais moi cela me fait un peu penser au passage à l’âge adulte. De la même façon, il y a un avant (l’enfance), un pendant (l’adolescence) et un après (l’adulte). On peut espérer que l’enfance soit la période la plus heureuse possible, ou du moins le temps de l’insouciance. Nous sommes loin de l’esclavage en Égypte en tout cas ! Du côté de l’adolescence, ne voyez-vous pas un parallèle entre cette lente transformation du corps et de l’esprit, et le pain azyme qui n’a pas fini de lever ? En espérant évidemment que cette transformation ouvrira les portes de l’âge adulte comme s’est ouverte la mer rouge sur les hébreux !

Dans le même ordre d’idées, pensez également à la chenille, à sa chrysalide (le cocon) et au papillon. Qu’il peut être long et difficile le chemin qui nous emmène à voler de nos propres ailes. Car n’oubliez pas que le papillon doit lutter pour sortir de son cocon. C’est ainsi qu’au bout d’un certain temps, une petite ouverture apparaît sur le cocon. Si l’idée vous prenait de couper le reste du cocon pour aider le papillon à s’envoler, vous feriez une grave erreur. En effet, celui-ci sortirait certes, mais petit avec des ailes toutes ratatinées. Il vous faut savoir que le papillon doit lutter pour agrandir le trou et enfin sortir du cocon. En luttant ainsi de toutes ses forces, les fluides de son corps se répartissent dans ses ailes et, compte tenu du temps qu’il lui faut pour crever son cocon par lui-même et déployer ses ailes, le papillon sera alors en mesure de voler et de se libérer une fois pour toutes de sa chrysalide.

Ainsi, c’est parce que nous avons des obstacles à franchir que nous avons la possibilité de grandir et d’être plus fort. Et ce n’est pas parce que nous sommes supposés forts que nous pouvons prétendre à franchir les obstacles avec aisance et facilité !

J’ai demandé la force…
Et la vie m’a donné des difficultés pour me rendre fort.

J’ai demandé la sagesse…
Et la vie m’a donné des problèmes à résoudre.

J’ai demandé la prospérité
Et la vie m’a donné un cerveau et des muscles pour travailler.

J’ai demandé à pouvoir voler…
Et la vie m’a donné des obstacles à surmonter.

J’ai demandé l’amour…
Et la vie m’a donné des gens à aider dans leurs problèmes.

J’ai demandé des faveurs…
Et la vie m’a donné des potentialités.

Je n’ai rien reçu de ce que j’avais demandé…
Mais j’ai reçu tout ce dont j’avais besoin.

Dans la Haggada de Pessah, il existe un passage qui s’appelle Dayénou (cela nous aurait suffi !)

Combien de degrés de bienfaits l’Omniprésent a-t-Il placés sur nous :

S’il nous avait sortis d’Égypte et n’avait pas exécuté de jugements contre eux – Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il avait exécuté des jugements contre eux et pas contre leurs idoles – Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il avait détruit leurs idoles et n’avait pas tué leurs premiers-nés – Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il avait tué leurs premiers-nés et ne nous avait pas donné leur richesse – Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il nous avait donné leur richesse et n’avait pas divisé la mer pour nous – Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il avait divisé la mer pour nous et ne nous l’avait pas fait traverser sur la terre sèche – Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il nous l’avait fait traverser sur la terre sèche et n’y avait pas noyé nos oppresseurs – Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il y avait noyé nos oppresseurs et n’avait pas subvenu à nos besoins dans le désert pendant quarante ans
– Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il avait subvenu à nos besoins dans le désert pendant quarante ans et ne nous avait pas nourri (avec) la Manne ! – Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il nous avait nourri (avec) la Manne et ne nous avait pas donné le Chabbat – Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il nous avait donné le Chabbat et ne nous avait pas approchés devant le Mont Sinaï
– Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il nous avait approchés devant le Mont Sinaï et ne nous avait pas donné la Torah – Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il nous avait donné la Torah et ne nous avait pas faits entrer en Terre d’Israël – Dayénou, cela nous aurait suffi !
S’il nous avait faits entrer en Terre d’Israël et ne nous avait pas construit le Beth-Habe’hirah (la Maison d’Élection, le Beth-Hamikdache) – Dayénou, cela nous aurait suffi !

Aussi, combien plus devons-nous être reconnaissants envers l’Omniprésent pour la bonté doublée et redoublée qu’Il a placée sur nous ;

Ce texte, très similaire dans sa construction au précédent peut alors se conclure ainsi :

Je n’ai rien demandé…
Mais j’ai reçu tout ce dont j’avais besoin.

Les hébreux sont ainsi libre d’Égypte.
Le papillon prend son envol en sortant de sa chrysalide.
Et l’adolescent, qu’il soit fille ou garçon, traverse-t-il les difficultés afin de devenir un adulte libre de voler de ses propres ailes ? On peut l’espérer. On doit l’espérer !

Mais il est une condition qui n’est pas sans importance : il doit également tirer les leçons des erreurs qu’il a commis et il devra alors faire les efforts nécessaires pour un : réparer ses erreurs, et deux : ne pas renouveler ses erreurs.

Il est fondamental pour l’être humain de lutter contre ses mauvais penchants, d’en faire la chasse, comme ce ‘hamets que nous traquons, le soir à la lueur d’une bougie, en ouverture de la fête de Pessah’.