2010 – BARCELLA – La boîte à musiques

On pleure les lèvres absentes de toutes ces belles passantes que l’on n’a pas su retenir disait Brassens. Ce que l’on peut ressentir pour les êtres humains fonctionne aussi avec les objets. Enfin il me semble…
Cela faisait déjà quelques mois que je le regardais en coin cette boîte à musiques, avec son Barcella, assis sur son tabouret en train de tirer sur ses bretelles.  Et puis un jour plus personne sur le tabouret ni dans les bretelles…

On a souvent tort, de ne plus savoir oser. Barcella l’aurait d’ailleurs dit mieux que moi avec sa mademoiselle, son violoncelle et son piano :

Allongée au soleil, dans un parc à poussette
Mademoiselle s’émerveille en observant les gosses
Faire de la bicyclette
Au milieu des fripouilles,la jeune et belle jalouse
Les femmes qui donnent le sein, celles qui font des papouilles,
Mademoiselle chante le blues
Elle voudrait en faire un, mais vit mal son époque
Pourquoi faire un gamin dans un monde effrayant
pour nos têtes de linotte
Elle rêve d’un beau Martin,d’une petite Pénélope
Qui referaient le monde.

A quelques pas de là, au pont des amoureux
Un jeune homme en émois devant cette fleur de mai la dévore des yeux
Il imagine la scène, un sourire, une étreinte
Mademoiselle je vous aime, le monde est fait pour nous, suivez moi n’ayez crainte
Ils s’en iraient tous deux, bras dessus bras dessous
Voyez-vous mon amour je n’ai qu’un cœur pour deux moi je n’ai pas de sous
Je vous prends sous mon aile, suivez-moi voulez-vous
Allons refaire le monde.

Quand bien même il y pense, il ne le fera pas
Quand bien même elle attend coutume n’est pas aux femmes de faire le premier pas
Quand bien même il avance, le destin attendra
Ainsi est fait le monde.

Le comble est qu’aujourd’hui, des hommes solitaires
Vivent seuls dans l’ennui à cause des hommes rêveurs qui préfèrent se taire
Le comble est que l’on vit le déclin des repères
Trop de sourires perdus s’envolent faute de voir les hommes qui sont sincères
Mais pour celle qui y croit, tout comme pour ceux qui osent
La vie ouvre des portes avec ou sans cadenas qui pouvaient sembler closes
C’est ainsi que l’on voit dans les choux et les roses
Des gosses refaire le monde
… le monde.

Je crois que je pourrais reproduire ici la totalité des textes du bonhomme, tellement ils sont à la fois et tour à tour : drôles, tristes, poétiques, et pleins de surprises. Je ne suis qu’un poète nous dit Barcella dans le souffleur de vers. Mais pas seulement, pas seulement… car la qualité musicale est à la hauteur des textes.

Ce disque est vraiment une magnifique boîte à musiques. Elle demandait juste un peu d’attention, tout simplement. Vous aussi, si vous avez la chance de la rencontrer, prenez-en bien soin et vous éviterez ainsi la queue de poisson