C’est peut-être Mozart le gosse qui tambourine
Des deux poings sur l’bazar des batteries de cuisine
Jamais on le saura, l’autocar du collège
Passe pas par Opéra, râpé pour le solfège.

Il l’aura pourtant son Requiem, tout comme Allain aura sa Symphonie…

Lacrimosa dies illa. Jour de larmes que ce jour, cette nuit du 15 août 2011.

Depuis ?

Il pleut sur la mer et ça ne sert à rien.
A rien et à rien, mais quoi sert à quoi ?

Allain s’avance, sa symphonie commence.

Il tombe des cordes des archets. Une valse lente nous prend doucement par la main et nous invite à tourner avec elle. La voix d’Allain et tout ce qu’elle contient d’humanité, parfois hésitante, chancelante, troublée et troublante, s’élève pourtant comme par magie au milieu de cette musique à la fois limpide et profonde.

Continue, Allain, continue de nous donner de tes nouvelles et merci de nous laisser entrer dans ta dernière demeure, avec l’aide de Romain et de Didier, tes deux compagnons de toujours. Tu t’es, encore une fois, une nouvelle fois, une dernière fois, mis complètement à nu pour nous offrir ce cadeau de l’au-delà.

Et il est beau ton putain de cadeau, même s’il fait mal parfois. Même s’il nous renvoie ton incroyable lucidité en pleine gueule, comme cette belle salope de gitane, cigarette en main gauche, faux en main droite : « Et toi qui portera mon deuil demain blotti dans le cercueil…». Tu finiras cette chanson épuisé, la voix se faisant à la fois sifflante et soufflante avant de s’évanouir… dans un nuage, forcément.

Ta voix ainsi disparue, il en aura fallu du courage et de l’amour à ceux qui sont venus la faire revivre à travers leur interprétation. Le temps de finir la bouteille par Jéhan est une véritable tempête d’émotions, une frissonante montée en puissance où violons et violoncelles se mèlent aux tambales pour venir percuter le ciel.

Pour te rejoindre peut-être ?

Mais nous voilà de nouveau chahutés par les éléments de ta prose, comme s’il fallait toujours descendre avant de remonter, dans un mouvement perpétuel qui ne trouvera jamais le repos : «Mon destin, ça n’était qu’une paire de ciseaux qui guettait mon envol pour me trancher les ailes. Ma vie va s’effacer des murmures de Tokyo. Je plonge vers la mer, le ciel me vienne en aide». Pour cette fois, c’est Daniel Lavoie qui disparaît dans les flots. Puis d’autres le suivront, les uns après les autres : Christophe, Kent, Enzo Enzo puis Sanseverino, « pauvres naugrafés de naissance sur l’île de Malenfance dont nul n’est revenu. »
Alors, dans un ultime élan, Allain rejoint Didier, dans une valse pour tout, une valse pour rien.
Mais on était pas là pour rigoler finalement…
« Y a pas d’amour, y a pas d’orchestre. Tout ça se passe dans ta tête. Cendrillon a laissé au fond d’un cendrier la cendre de ses gestes »

Silence. Comme s’il fallait un espace à la rencontre des mots. Silence.
Cette fois, c’est vraiment fini. Un vide immense.

On croit que personne n’est indispensable sur cette Terre, qu’elle continue à tourner sans que rien ne soit changée. Et pourtant un matin, on se réveille et le vide est là. Et nous naïvement, de prendre enfin conscience que certains vides qui se créent sous nos pieds ne pourront jamais être comblés, malgré les larmes qui s’écoulent le long des fissures de notre tristesse.

Merci Allain de venir chercher notre humanité au plus profond de nous-mêmes, de nous donner l’envie, la force et le courage de nous mettre, nous aussi, à nu…

C’est peut-être Leprest, aujourd’hui disparu
Dans son plus beau posthume, pacifiste inconnu
Maintenant on le sait, magnifique voix cassée
Pour toutes nos causes perdues merci d’avoir lutté