« Amour, philosophie, religion, enthousiasme, liberté, poésie ; néant que tout cela ! Calcul et force, chiffre et sabre, tout est là. Nous ne croyons que ce qui prouve, nous ne sentons que ce qui touche ; la poésie est morte avec le spiritualisme dont elle était née. » Et ils disaient vrai, elle était morte dans leurs âmes, morte dans leurs intelligences, morte en eux et autour d’eux.
Alphonse de Lamartine (1790 – 1869) – Des destinées de la poésie – in Méditation poétiques

Poésie bien ordonnée commence par soi-même
Anonyme

De la fuite dans mes idées

Je ne sais comment commencer
J’ai de la fuite dans mes idées
Une expression que je n’ai même pas inventé
J’ai de la fuite dans mes idées

Je suis terriblement mal inspiré
J’ai de la fuite dans mes idées
Tout me déprime tout me déprime
Quand tristement je lorgne vers mon dictionnaire de rimes

Sur mon bureau un petit tas
Un seul
J’ai de la fuite dans mes idées
Il m’en faudrait bien d’autres des petits tas
Des tas d’idées

Des idées décousues non plus je n’en ai plus
J’ai de la fuite dans mes idées
Si j’avais su si j’avais su
J’ai de la fuite dans mes idées

Si j’avais su écrire une fuite
Aurais-je eu de la suite dans les idées ?
Et l’inverse, était-il lui aussi vrai ?

Voilà
C’est terminé
Aucune suite dans les idées
Fin de la fuite dans mes idées

Architecte tonique

J’ai reçu de nouvelles consignes
Bien différentes des anciennes
Dans mon métier
Je suis chargé de les respecter
C’est à la fois simple et très compliqué
Pour moi qui suis un architecte à géométrie variable


Je construis des châteaux de cartes
Toujours prêts à s’écrouler
Des murs de honte
Difficiles à contourner
Des tours de verre
Qui brillent comme par magie quand le soleil se joint à la pluie

Je creuse à tombeau ouvert
Je suis parfois pressé stressé compressé
Je suis un architecte tonique des plaques
Un artiste qui souvent joue à guichet fermé

Vivement le prochain tremblement de terre
J’ai plein de nouvelles idées
Ça va secouer !

Tout ce bruit pour rien

Alors que j’étais calme et posé
J’ai bien failli m’énerver

Tout à coup sans crier gare
La colère m’est apparue
Au coin de la rue
Et puis aussi sur le nénuphar
Celui qui flotte au milieu de la mare aux canards
Du jardin public en bas de chez moi
Et tous ces canards qui jacassent sans arrêt
Ils font autant de bruit que les gosses qui hurlent
Enfermés qu’ils sont dans leur aire de jeu
Ou perchés sur le manège
D’où sort une musique désagréable
Un mélange de violon grinçant et d’accordéon désaccordé
Je déteste l’accordéon
Je hais le bruit
Je veux du calme
du calme
du calme !
DU CALME !

Calme-toi !
Tu vas t’énerver

Coupable d’irresponsabilité

Non je ne peux rien faire
Je reste assis sur mon derrière
Je n’ai aucune solution à vous proposer
Je suis désolé, sincèrement navré
Mais voilà mon supérieur qui s’avance
Il va certainement pouvoir vous aider

J’ai bien compris votre problème
Et je vous vois bien blême
Que vous devez être bien embêté
Il vous faut au moins un chef de service pour vous débloquer

Mon Dieu quelle responsabilité !
Qui dépasse très largement le champ de mes compétences
J’ai besoin d’un puits de science
Mon directeur me semble tout indiqué

Votre difficulté était pourtant simple à votre arrivée
Mais la voilà bien compliquée
Pourquoi avez-vous tant traîné depuis le début de la matinée ?
Voilà que nous sommes fermés
Un autre jour vous reviendrez et par le début recommencerez

Plan d’attaque

Début de manifestation
Mots d’ordre
Milieu de manifestation
Service d’ordre
Bataille rangée
Fuite désordonnée
Fin de manifestation

Le jour où le Mont-Blanc fut vaincu

Mon stylo se déplume en séchant
Il a tiré sa dernière cartouche
Il est temps pour lui de tourner la page

L’épouvantail

C’était un vieil homme un voyageur de passage
Qui sur le bord de la route s’était arrêté
Longtemps il resta à contempler les nuages
Puis un ciel d’encre noire quand la nuit fut tombée

Les autochtones virent en lui un mauvais présage
Quel malheur apportait ces beaux yeux fatigués ?
Qu’il était bien loin le temps du dernier carnage
Le cycle de la mort pouvait recommencer

Alors qu’il se levait pour reprendre son voyage
La foule déchaînée le jeta dans le fossé
D’un arbre au milieu de ce si doux paysage
Une branche verra un fruit trop mûr s’y balancer

Maçonnerie végétale

Dans une maison laissée à l’abandon
La végétation est chargée de la reconstruction

Sur le toit elle n’a pas chaumé
Et des lézardes sur les murs
Le lierre s’en est déjà chargé
Au sol la mousse a adouci un revêtement trop dur

Baies sauvages et autres groseilles
Se sont emparées de la cuisine
Invasion saluée par des chants d’oiseaux
Au festin invités

Des marches d’un escalier vermoulu
S’échappe le tronc d’un jeune châtaignier
Il sera emprunté tard ce soir par l’écureuil fourbu
Avant d’aller se coucher

Poème non sauvegardé

Écran noir
Écran bleu
Écran figé
J’appuie je tape
Sur la touche espace
Rien ne s’écrit
Sauvegarde corrompue

Mais quel mauvais traitement il fut infligé à ce texte !

Éphémère

Un mot qui aurait dû disparaître du jour au lendemain
Et pourtant toujours présent dans le dictionnaire
Contrairement au névroptère que l’on pensait imbrisable

D’ailleurs il est rare que les insectes soient les héros de la fable
Qu’elle soit ésopique
Ou d’un autre expert philotechnique

Une semaine a passé alors que j’avais encore trois mots à vous dire
Ergoterie
Musiquette
Finette
Mais j’ai déjà oublié ce qu’ils pouvaient bien signifier

Une dernière traversée

Une dernière traversée sur le passage clouté
Un coup d’œil à gauche à droite
Puis de chaque côté
Je dis au revoir aux copains
Car Papa est pressé

Sur les fenêtres de la classe
Les dessins de l’année ont déjà disparu
Dans le fond de la cour
Un gilet gris recherche un enfant perdu

Sur le toit du préau
Un ballon regarde en contrebas le bac à sable
Ce dernier va pouvoir se reposer
Les châteaux vont prendre leurs quartiers d’été

Une dernière traversée sur le passage clouté
Un coup d’œil à gauche à droite
Puis de chaque côté
Je dis au revoir aux copains
Et à la prochaine rentrée

Juin 2019

Le peintre des illusions

Dédié à R.B.

Ami poète
Viens près de moi
Prend ta plume
Et écris la triste histoire que voilà

Il lui avait promis la lune
Et un grand soleil s’était levé dans son cœur
Il lui apporterait la fortune
Elle se voyait déjà riche et nageant dans le bonheur

Pourtant rapidement la lune se voila
Son cœur alors se déchira
De cette rencontre il ne lui resta plus que l’infortune
Un nouveau compagnon qui longtemps la suivra dans la solitude

Si je savais peindre, j’aurais commencé par un petit filet de bleu
Puis très vite du noir, de grosses traces noires
Qui vireraient au gris au contact d’un peu de blanc
Peinture à l’huile qui avec des flots de larmes
Finirait en aquarelle et sans couleur

La case manquante

Dans le langage de l’administration
Je ne suis qu’une aberration
Je ne rentre pas dans les critères
Comment vais-je faire pour remplir leurs formulaires ?

Je n’ai pas d’identité certifiée conforme
Je suis un individu multiformes
Au caractère bien trempé
Peut-être est-ce cela que l’on veut étouffer ?

Les jours de défilé militaire
Je préfère garder le nez en l’air
Quand aux urnes est appelé le bon citoyen
Je lui laisse sans remords le souci du lendemain
Il aura bien le temps de déchanter
Quand les promesses non tenues se seront envolées
Et qu’il retournera sans le savoir à la case départ
Moi ? J’aurai déjà bien avancé

Inspirez expirez !

J’attends l’inspiration
Sur le pas de ma porte
Elle sera là dans dix minutes
Elle me l’a indiqué tout à l’heure

Je dois me tenir prêt
Elle ne restera pas longtemps
L’inspiration est pressée
Elle passera en coup de vent

Il faut dire que son agenda est complet
C’est une personnalité très sollicitée
Et curieusement…
Rarement écoutée

Le chauffard fantôme

J’enchaîne
Je poursuis
Je continue

Je souffle

Je m’arrête
Fais une pause
Et me repose

Je repars
Au quart de tour
Vrombissement de moteur
Je suis en sueur
Je fonce
Grande ligne droite
J’accélère
Je suis à fond

Fou du volant
Je le tourne dans tous les sens
Le regarde de travers
Et le pose sur le siège passager
Là où je suis maintenant
Il ne va pas me manquer

Règlement de décompte

Un tien vaut mieux
Que deux tu l’auras
La passe de trois
Monte les escaliers quatre à quatre
Sur les cinq doigts de la main
Je recharge mon pistolet à six coups
Je dois tuer les sept cavaliers de l’apocalypse
Je peux donc en rater un
Mais pas plus
Car si je ne sais pas très bien compter
Je sais encore moins viser

Dernière rentrée

À la mémoire de Gaby

Il fut un temps où je détestais la rentrée
Le lourd cartable qui me lacérait les épaules
Mes camarades insouciants qui profitaient du temps présent
Et les professeurs qui ne juraient que par le passé composé

Le ciel était bleu azur
Le soleil de septembre réchauffait sobrement
La petite troupe qui avançait à pas lents
Hier, j’ai accompagné un ami au cimetière

Le long des allées muettes
Les platanes déjà effeuillaient leur frondaison
Des feuilles glissaient sur le marbre de quelque prétentieux cénotaphe
Hier, j’ai accompagné un ami au cimetière

Quelques mots
Beaucoup de silence et de recueillement
Le retour de l’homme à la poussière se passe de tout commentaire
Hier, j’ai accompagné un ami au cimetière

De furtives poignées de main
Un bref salut à l’assemblée
Et je remontais songeur la paisible de l’allée
Hier, j’ai accompagné un ami au cimetière

Aujourd’hui le temps n’a pas changé
Le soleil de septembre réchauffe sobrement
Les enfants qui partent à l’école en riant
Quel temps fera-t-il le jour de mon enterrement ?

Une drôle d’expression

Cet homme avait une drôle d’expression
Le nez en trompette
Le menton en galoche
Et la bouche en cœur

Devant la glace il eu si peur
Qu’il prit les jambes à son cou
Dans sa course effrénée pour fuir son image
Jamais il ne se retourna

Longtemps il fila droit devant lui
Si longtemps qu’il finit par atteindre
Sur les genoux
La mer
Une belle mer d’un bleu si azur qu’elle le laissa sans expression
Sinon les pieds en éventail devant le joli spectacle

Prise de conscience 2

Je rentre de la ville nouvelle
Là où j’avais retrouvé de vieilles connaissances
Et une voiture en feu dans une ruelle
Avec une désagréable odeur d’essence

Il est temps pour moi de prendre l’air
C’est l’automne
Au sol les feuilles ont perdu leur vert
Jamais je n’ai trouvé cette saison monotone

Fuir le bruit assourdissant des souffleurs
Aller à la rencontre du précieux silence
Écouter religieusement la nature
Retrouver l’inspiration les mots les sons les oiseaux
Et toutes les plus belles choses de la Terre

Là où l’on ne vit pas

Ne vous êtes-vous jamais retrouvé dans un lieu où l’on ne vit pas ?
Un endroit où il ne vous reste plus qu’à tuer le temps
Pour moi à qui cela arriva parfois
J’aurais voulu y trouver un poète un écrivain
Enfin quelqu’un qui aurait pu décrire tout ce… toute cette…
Mais là où l’on ne vit pas
Existe-t-il une place même pour la plus petite des pensées ?

Le futur présent de la poésie du passé

La poésie n’est qu’un vague vestige du passé
De ces temps anciens dont je ne suis le témoin
Que par de vieux alexandrins retrouvés dans un coin
Avec quelques pieds en trop et une rime en moins

Idée perdue

Bavardages
Longueurs
Attente…

Balivernes
Lenteur
Alchimie ?

« Sublimation de la réalité dans l’art » nous enseigne le dictionnaire.
En ce qui concerne ce petit poème, j’avoue m’interroger…

Deux temps trois mouvements

Une horloge tourne
Elle penche
Elle penche car elle a été accrochée au mur de travers
D’un coup de marteau mal ajusté
Elle donne bien l’heure
Mais pas à plat
Elle penche
Elle penche à un point tel
Que l’aiguille des secondes descend plus vite qu’elle ne devrait
Et peine ensuite à remonter
De un à six
C’est la dégringolade
Et à partir de là
Parce qu’elle a perdu son élan
Elle ralentit
Ralentit
Ralentit
Avant de presque s’arrêter en arrivant sur le douze

Le temps qui passe
C’est à peu près comme ça que cela se passe

Monsieur Z

Pseudonyme du crépuscule
Choisi un soir pour m’insérer dans le réseau
Paradoxe déambulant d’un piéton de la toile qui préfère la solitude
Longtemps j’ai erré au milieu de commentaires à hauteur de caniveau

Souvent sur le bas-côté je fus assis à les regarder
Avant de m’en retourner sur mon chemin cahoteux
Recherchant de quelle façon je pourrais vraiment m’exprimer

Entre nous un écran un clavier
Il me faut choisir un mot de passe
Motpassant72
Une majuscule un chiffre ou deux
Cela sera un peu plus difficile à décrypter
Pour les pirates dont c’est le secret métier

De longues années devant moi se sont écoulées
Emportant loin d’ici mes rêves entrevus
De ce monde éperdu
Je me sentis longtemps refoulé
Je faisais de l’absence sur présence
C’est ce qu’il me fut répondu administrativement parlant

Zevoulon
Avec un Z qui n’a rien d’un Zorro
Je me contenterais volontiers d’un Don Diego
Avec ses livres sa guitare et sa jolie voix
Sans le masque des apparences
Et puis de toute façon
J’ai peur des chevaux

Quelques pas en forêt

Un avion dans le ciel
Le bruit de la route non loin de moi
Je m’enfonce dans les sous-bois
Seul le bruit du vent vient troubler le silence
Il fait froid sous le pâle soleil de décembre

Il ne reste plus que le gui
À s’accrocher aux branches des arbres nus
Au sol une forêt miniature et luxuriante
S’étend sur toute la surface d’un plat rocher

Que j’aimerais rapetisser et divaguer
Au milieu de la mousse gorgée de rosée

Le rêve

Je dors toujours d’un profond sommeil
Sans jamais faire le moindre rêve
Alors quand je suis éveillé
Je me dois de les inventer

Litanie

Je suis une phrase qui revient
De temps en temps
Souvent
Inlassablement
Imperturbablement

Je suis une phrase qui s’en va
Dans un déchirement
Brusquement
Pour longtemps

Je suis une phrase qu’on attend
En pleurant
Pour la nuit des temps
Inexorablement

Elle n’est jamais revenue
La phrase que j’attendais
Alors j’ai inventée cette petite litanie
Pour passer le temps

Au pied du mur

Dans un coin sombre de Berlin
J’ai vu un bout de mur
Il n’en restait pas grand-chose
Il avait moins de pierres qu’un château en Espagne
Mais le peu qui tenait encore debout était aussi peinturluré
Que le garage abandonné qui sommeille derrière chez moi
Envahi par les ronces et les orties
Les genévriers et autres noisetiers sauvages
Qui font revenir la nature
Là où il n’y a plus d’Histoire

Un soir t’en souvient-il ?

Un soir t’en souvient-il ?
Non…

Le champ lexical

Champ lexical
Terme bancal de pédagogues pédants
Complément d’objet direct
Qui répond quoi à celui qui s’accorde avec lui
Groupe nominal si amnésique qu’il en oublie son nom
L’Abréviation aberration
La Linguistique est trop statique
Ou pas assez
On est jamais content grammaticalement parlant

À la Prévert

Un matin il ne pleuvait pas
Alors j’ai pris mon parapluie
Il pourrait me servir de parasol
Si jamais le soleil tombait par terre
Mais le soleil n’est pas venu
Il était dans la lune
Il avait oublié notre rendez-vous
C’est triste d’être trompé par le soleil
Alors j’ai pleuré dans mon parapluie
Toutes les larmes de la terre
La tête dans les nuages
Sous un ciel gris
C’était l’automne
Les amoureux rentraient chez eux
Les gens seuls aussi
Comme moi
Avec mon parapluie
Tout rempli
Que je traînais difficilement derrière moi
J’ai ouvert la porte
J’ai laissé le parapluie dehors
Le soleil est parti
Le vent s’est levé
Je suis allé me coucher
Et mon parapluie s’est envolé

Demain j’inviterai une étoile ou deux
Elles sont moins volages
Et leur amour ne brûle qu’à petit feu

Les pierres du souvenir

Des monuments de mon enfance
Je me souviens du vieux calvaire
Dormant dans un coin de la route
Du monument aux morts
Sur lequel il y avait encore beaucoup de place
(L’homme est prévoyant quand il s’agit de penser au pire)
Sur le front de la petite église
La vierge dans son alcôve

Je suis repassé devant ces lieux
Il n’y a pas si longtemps
Le calvaire est envahi par les mauvaises herbes et les mauvaises pensées
La vierge a fuit l’alcôve
Pendant que les graffitis prenaient possession des murs de l’église

Le monument aux morts lui résiste bien au temps
Mais il s’impatiente de plus en plus bruyamment
Il aimerait tant avoir de nouveaux noms à graver

La mouche du coche

C’était un vieux chemin de traverse
Plein de bosses et d’ornières
Oublieuse des hommes
L’herbe sauvage en son milieu
Envahissait la terre de tous les côtés

le vieux chemin avait vu passer à l’époque des rois
Des cortèges de nobles en carrosse
La charrue du paysan tirée par ses bœufs
Et puis les pas légers des couples amoureux

C’était un vieux chemin de traverse
Envahi par les flaques, la boue et les ronces
Oublié des hommes
Bien trop occupés
À faire d’une mouche leur cocher

Pierre tombée

J’ai parfois vu les cimetières visités
Par des profanes qui jettent à terre
Les souvenirs du temps passé

Cache-cache

J’aime m’effacer derrière mes écrits
Avec moi, impossible de savoir qui je suis

Ami lecteur, j’ai néanmoins bon esprit
Aussi vais-je vous laisser croire
Que vous pouvez deviner
Qui je suis

Bon esprit ?
C’est vite dit…

Écrivain
Narrateur
Et toi mystérieux personnage
Oui toi qui dis « je »
Qui es-tu ?
Es-tu il ?
Ou bien elle ?
Qui êtes-vous vraiment ?
Nous voulons savoir !

Ah ! La réponse me parvient à l’instant
Un lecteur me dit que je parle de moi dans mes textes
C’est toujours amusant de constater que les autres savent mieux que moi qui je suis

Le petit jouet mécanique

Sur la petite boîte à musique
Deux personnages tournent en rond
L’enfant remonte l’antique mécanique
Deux cent ans qu’ils tracent ici leur sillon

Une poupée au regard maléfique
Repose sans vie au milieu des chiffons
Elle eut beau être bardée d’électronique
Elle ne résista pas longtemps à de beaux cheveux longs

Question de temps (encore une fois)

Un jour
Quand j’aurai le temps
J’écrirai un poème sur le temps
Mais avant je dois vérifier que cela n’a pas déjà été fait
Enfin…
Si j’ai le temps

J’entends tout le temps
« Le temps passe si vite hélas ! »
Et dans le même temps
Tout le monde court après lui pour tenter de le rattraper

Moi je suis là
Assis sur mon banc
Prenant mon temps en attendant de le voir passer

Ah le voilà !
« Bonjour ! Alors comme ça, vous prenez du bon temps avec vous-même ?
– Mais enfin Monsieur, vous voyez bien que je n’ai pas le temps de m’accorder un seul instant ! Je suis sans cesse poursuivi par des gens qui se croyant importants se révèlent opportunément importuns ! Mais veuillez m’excusez, je n’ai pas le temps, je dois filer vers là où l’on m’attend !

Voilà que moi aussi j’ai bien du mal à suivre le temps qui passe !