Septième lettre (Les dix-neuf lettres)

jeudi 8 janvier 2026
par  Paul Jeanzé

Dès le début du passage d’Isaïe, vous avez compris la place qu’Israël devait occuper dans la série du développement des nations, et vous ne vous êtes pas trompé, cher Benjamin.

Alors que l’humanité, éduquée par l’expérience, devait apprendre à connaître l’Éternel et elle‑même à travers ses multiples vicissitudes, le but final de cette expérience devait être rendu plus sûr et plus rapide à atteindre par une disposition spéciale. Parce que les hommes avaient éliminé l’Éternel de leur vie, voire de la nature, et trouvaient le fondement de la vie dans les possessions et son but dans la jouissance, considérant la vie comme le produit de la multitude des désirs humains, tout comme ils considéraient la nature comme le produit d’une multitude de dieux, il était donc nécessaire qu’un peuple soit introduit dans les rangs des nations qui, par son histoire et sa vie, déclarerait l’Éternel comme la seule cause créatrice de l’existence, l’accomplissement de Sa volonté comme le seul but de la vie ; et qui devait porter la révélation de Sa volonté, rajeunie et renouvelée pour elle-même, à toutes les parties du monde comme motif et incitation à sa cohérence. Cette mission exigeait pour sa réalisation une nation pauvre de tout ce sur quoi le reste de l’humanité avait bâti l’édifice de sa grandeur et de sa puissance ; subordonnée extérieurement aux nations armées d’une fière confiance en elles-mêmes, mais fortifiée par une confiance directe en l’Éternel ; afin que, par la suppression de toute force opposée, l’Éternel puisse se révéler directement comme le seul Créateur, Juge et Maître de la nature et de l’histoire.

Malgré sa subordination politique, ce peuple devait toutefois recevoir des mains de son Créateur tous les moyens de la prospérité humaine et nationale individuelle, afin de pouvoir consacrer toute sa richesse de ressources à un seul but : l’accomplissement de la volonté divine. Ce que l’humanité universelle considérait comme le bien et le mal devait également dépendre de l’accomplissement de cette volonté, et ainsi même les actions et les souffrances extérieures de ce peuple devaient être un moyen d’inculquer directement une compréhension correcte de l’Éternel et du devoir humain, que l’humanité aurait autrement appris indirectement par l’expérience.

« Un seul Roi, Créateur, Législateur, Juge, Guide, Protecteur et Père de tous les êtres ; tous les êtres sont Ses serviteurs, Ses enfants, l’homme est également Son enfant et Son serviteur, tout vient de Sa main, et tout cela ne doit être utilisé que pour l’accomplissement de Sa volonté, car cela seul suffit pour atteindre correctement les buts de la vie, tandis que toutes les autres occupations et activités humaines ne sont que des chemins qui mènent au but de l’accomplissement de la mission de l’humanité. »

La proclamation de ces grandes vérités devait être la tâche principale, sinon unique, de ce peuple.

Il fallait que ce soit un peuple qui reconnaisse « Le Seigneur ineffable de l’amour » comme seul Maître et Juge tout-puissant, c’est-à-dire qui reconnaît le Roi qui appelle et forme dans l’amour toute l’humanité à Son service, comme le seul Fondateur, Guide et Levier de ses pensées, sentiments, paroles et actes, qui sait que tout ce qu’il possède lui vient de Lui, et qui, de toutes ses forces, vit pour Lui et Lui seul.

Une nouvelle pierre devait être posée sur laquelle pourrait être reconstruit l’édifice de l’humanité, dans lequel la connaissance de l’Éternel et du devoir humain pourraient trouver refuge lorsqu’elles seraient rejetées et reniées par les autres. Elle devait être à la fois un exemple, un avertissement, un modèle et une instruction.

Une telle mission lui imposait un autre devoir, celui de la séparation, de l’isolement éthique et spirituel. Elle ne pouvait se joindre aux activités des autres peuples afin de ne pas sombrer à leur niveau et périr dans l’abîme de leur culte de la richesse et du plaisir. Il devait rester seul et à l’écart, accomplir son œuvre et vivre sa vie dans la séparation, jusqu’à ce que, raffinée et purifiée par ses enseignements et son exemple, l’humanité universelle se tourne vers l’Éternel et reconnaisse en Lui le seul Créateur et Souverain. Une fois cet objectif atteint, la mission d’Israël serait accomplie.

« En ce jour-là, le Seigneur sera unique et son nom unique, car de Sion sortira la loi et de Jérusalem la parole du Seigneur. »

« Le Seigneur est venu du Sinaï, il a resplendi de Séir,
Il a resplendi de la montagne de Paran, avec une sainteté innombrable.
À sa droite, une loi ardente pour eux.
En vérité, il aimait les nations,
Mais ses saints étaient des instruments dans ta main.
Quand ils suivront tes traces,
Eux aussi prononceront tes paroles ;
La loi que Moïse nous a transmise.
C’est l’héritage de la congrégation de Jacob. »

(Devarim, 33:2)


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Une journée ordinaire

Aujourd’hui est une journée ordinaire... enfin je crois. Je profite donc de cette journée ordinaire pour mettre en ligne mon dernier roman, intitulé sobrement... une journée ordinaire.

Dans la mesure où j’aurai eu besoin d’un peu plus de quatre années pour voir ce petit livre achevé, ne devrais-je pas considérer cette journée comme extraordinaire ? Peut-être... peut-être pas. D’une certaine façon, n’est-il pas extraordinaire de pouvoir profiter d’une journée ordinaire ?

Cher lecteur, je vous souhaite une bonne journée... ordinaire.
Paul Jeanzé, le 19 décembre 2025


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8 janvier - 1836 - Les dix-neuf lettres (Samson Raphaël Hirsch)

Mise en ligne d’une version en français de l’ouvrage Les dix-neufs lettres, de Samson Raphaël (…)

30 septembre 2025 - La méditation juive

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