Berakhot 3a

dimanche 22 mars 2026
par  Paul Jeanzé

La baraïta précédente citait l’opinion de Rabbi Meir selon laquelle le moment de la récitation du Shema commence lorsque les prêtres s’immergent avant de prendre leur terouma. Dans la Tosefta, il était enseigné que Rabbi Meir soutient que l’on commence à réciter le Shema à partir du moment où les gens entrent pour prendre leur repas le soir du Shabbat. Une opinion de Rabbi Meir semble contredire une autre opinion de Rabbi Meir. La Guemara répond : deux tannaïm, disciples de Rabbi Meir, ont exprimé des opinions différentes conformément à l’opinion de Rabbi Meir.

De même, l’opinion de Rabbi Eliezer citée dans la Mishna contredit l’opinion de Rabbi Eliezer citée dans la Baraita. Dans la Mishna, Rabbi Eliezer soutient que le moment de la récitation du Shema commence avec l’apparition des étoiles : à partir du moment où les prêtres entrent pour prendre leur terouma, tandis que dans la Baraïta, il déclare que le moment de la récitation du Shema commence lorsque le jour est sanctifié la veille du Shabbat.

La Guemara répond : il existe deux résolutions possibles à la contradiction apparente dans l’opinion de Rabbi Eliezer. Soit deux tannaïm ont exprimé des opinions différentes conformément à l’opinion de Rabbi Eliezer, soit, si vous préférez, dites plutôt que la première clause de la Mishna, selon laquelle nous commençons à réciter le Shema lorsque les prêtres entrent pour prendre leur terouma, n’est en fait pas l’opinion de Rabbi Eliezer. Seule la seconde moitié de la déclaration : « Jusqu’à la fin de la première veille », a été énoncée par Rabbi Eliezer.

Dans la mishna, nous avons appris que Rabbi Eliezer établit que l’on peut réciter le Shema du soir jusqu’à la fin de la première veille. Ces veilles sont mentionnées dans la Torah comme des segments de la nuit, mais il faut établir : en combien de segments précis la nuit est-elle divisée, trois ou quatre ? De plus, pourquoi Rabbi Eliezer utilise-t-il des paramètres aussi imprécis plutôt qu’une définition plus précise du temps (Tosefot HaRosh) ?

Quelle est réellement la position de Rabbi Eliezer ? S’il considère que la nuit se compose de trois veilles, qu’il dise explicitement que l’on récite le Shema du soir jusqu’à la quatrième heure. S’il considère que la nuit se compose de quatre veilles, qu’il dise explicitement jusqu’à la troisième heure.

La Guemara répond : en réalité, Rabbi Eliezer soutient que la nuit se compose de trois veilles, et il utilise ce langage particulier des veilles afin de nous enseigner : il y a des veilles dans le ciel et il y a des veilles sur terre ; tout comme notre nuit est divisée en veilles, il en va de même pour la nuit dans les mondes supérieurs. Comme cela a été enseigné dans une baraïta, Rabbi Eliezer dit : La nuit se compose de trois veilles, et au cours de chacune d’elles, le Saint, béni soit-Il, s’assoit et rugit comme un lion souffrant de la destruction du Temple. Cette image est tirée d’une référence dans la Torah, où il est dit : « Le Seigneur rugit [yishag] du haut des cieux, de sa demeure sainte, il fait entendre sa voix. Il rugit puissamment [shaog yishag] sur sa demeure, il crie comme ceux qui foulent le raisin, contre tous les habitants de la terre » (Jérémie 25:30). Les trois occurrences de la racine shin-alef-gimmel dans ce verset correspondent aux trois veilles de la nuit.

Et les signes de la transition entre chacune de ces veilles dans le monde supérieur peuvent être perçus dans ce monde : lors de la première veille, l’âne brait ; lors de la deuxième, les chiens aboient ; et lors de la troisième, les gens commencent à se lever, un bébé tète le sein de sa mère et une femme converse avec son mari.

En ce qui concerne ces manifestations terrestres des trois veilles célestes telles qu’établies dans la baraïta, la Guemara demande : qu’a énuméré Rabbi Eliezer ? S’il a énuméré le début de la veille, pourquoi ai-je besoin d’un signe pour le début de la première veille ? C’est lorsque le soir commence ; un signe supplémentaire est superflu. S’il a énuméré la fin des veilles, pourquoi ai-je besoin d’un signe pour la fin de la dernière veille ? C’est lorsque le jour commence ; un signe supplémentaire est également superflu.

La Guemara répond : Il a plutôt énuméré les signes pour la fin de la première veille et le début de la dernière veille, qui nécessitent tous deux un signe, ainsi que le milieu de la veille du milieu. Et si vous le souhaitez, dites plutôt : Il a énuméré les fins de toutes les veilles. Et si vous dites qu’un signe indiquant la fin de la dernière veille est inutile parce que c’est le jour, ce signe est néanmoins utile.

Quelle est la conséquence pratique de ce signe ? Il est pertinent pour celui qui récite le Shema allongé dans une maison sombre, qui ne peut pas voir l’aube et qui ne sait pas quand le moment de réciter le Shema arrive. Cette personne dispose d’un signe qui lui indique que lorsqu’une femme parle à son mari et qu’un bébé tète le sein de sa mère, la dernière veille de la nuit est terminée et qu’elle doit se lever et réciter le Shema.

Rav Yitzḥak bar Shmuel a dit au nom de Rav : La nuit se compose de trois veilles, et au cours de chacune d’elles, le Saint, béni soit-Il, s’assoit et rugit comme un lion, car le service du Temple était lié au changement de ces veilles (Tosefot HaRosh), et dit : « Malheur à moi, à cause de leurs péchés, j’ai détruit ma maison, brûlé mon Temple et les ai exilés parmi les nations du monde. »

À propos de la mention de l’importance élevée des veilles nocturnes, la Guemara cite une histoire connexe : Il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Yosei a dit : Je marchais un jour sur la route lorsque je suis entré dans les ruines d’un vieux bâtiment abandonné parmi les ruines de Jérusalem afin de prier. J’ai remarqué qu’Élie, de mémoire bénie, était venu garder l’entrée pour moi et avait attendu à l’entrée jusqu’à ce que j’aie terminé ma prière. Lorsque j’eus fini de prier et que je sortis des ruines, Élie me dit, avec le respect que l’on accorde à un rabbin : « Salut à toi, mon rabbin. » Je lui répondis : « Salut à toi, mon rabbin, mon maître. » Et Élie me dit : « Mon fils, pourquoi es-tu entré dans ces ruines ? » Je lui répondis : « Pour prier. » Et Élie me dit : « Tu aurais dû prier sur la route. » Et je lui répondis : « Je ne pouvais pas prier sur la route, car j’avais peur d’être interrompu par des voyageurs et de ne pas pouvoir me concentrer. » Élie me dit : « Tu aurais dû réciter la prière abrégée instituée pour de telles circonstances. »

Rabbi Yosei conclut : À ce moment-là, grâce à ce bref échange, j’ai appris trois choses de lui : j’ai appris qu’il ne faut pas entrer dans une ruine ; j’ai appris qu’il n’est pas nécessaire d’entrer dans un bâtiment pour prier, mais qu’on peut prier sur la route ; et j’ai appris que celui qui prie sur la route récite une prière abrégée, afin de pouvoir rester concentré.

Après cette introduction, Élie me dit : Quelle voix as-tu entendue dans cette ruine ? Je répondis : J’ai entendu une voix céleste, comme un écho du rugissement du Saint, béni soit-Il (Maharsha) [1], roucoulant comme une colombe et disant : Malheur aux enfants, à cause des péchés desquels J’ai détruit Ma maison, brûlé Mon Temple et exilé parmi les nations du monde. Et Élie me dit : « Sur ta vie et sur ta tête, non seulement cette voix s’est élevée à ce moment-là, mais elle s’élève trois fois chaque jour. De plus, chaque fois que la grandeur de l’Éternel est évoquée, comme lorsque Israël entre dans les synagogues et les salles d’étude et répond dans la prière du kaddish : « Que son grand nom soit béni », le Saint, béni soit-Il, secoue la tête et dit : « Heureux le roi qui est ainsi loué dans sa maison. » Lorsque le Temple existait, cette louange y était récitée, mais maintenant : « Qu’elle est grande la douleur du père qui a exilé ses enfants, et malheur aux enfants qui ont été exilés de la table de leur père, car leur douleur ne fait qu’ajouter à celle de leur père » (Rabbi Shem Tov ibn Shaprut).

Les Sages ont enseigné qu’il y a trois raisons pour lesquelles on ne peut entrer dans une ruine : à cause du soupçon de prostitution, parce que la ruine risque de s’effondrer, et à cause des démons. Ces trois raisons distinctes semblent sans rapport, c’est pourquoi la Guemara demande : pourquoi la raison du soupçon était-elle nécessaire ? Que cette halakha soit dérivée de l’effondrement.


[1Talmudiste galicien des XVIe et XVIIe siècles


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Dans la mesure où j’aurai eu besoin d’un peu plus de quatre années pour voir ce petit livre achevé, ne devrais-je pas considérer cette journée comme extraordinaire ? Peut-être... peut-être pas. D’une certaine façon, n’est-il pas extraordinaire de pouvoir profiter d’une journée ordinaire ?

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Paul Jeanzé, le 19 décembre 2025


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