Terouma Le sens d’une mitzva

, par  Paul Jeanzé

Nous sommes le lendemain de Yom Kippour, près de six mois après la sortie d’Égypte. Ce jour-là, le peuple juif reçoit l’ordre de construire un Temple dans le désert, qui sera démontable et portatif. Chacun amène pour cela différents matériaux qui serviront pour l’édification de ce sanctuaire. L’ordre relatif à ces dons est ainsi formulé : "Hachem parla à Moshé en disant : "Parle aux enfants d’Israël, qu’ils prennent pour Moi un prélèvement…"". On pourrait penser, à priori, que les mots "pour Moi" signifient "consacrés à Hachem" ou "réservés pour le Temple", mais Rachi nous donne une autre interprétation. Pour le commentateur, l’expression "pour Moi" signifie "à l’intention de mon nom". Si les mots "qu’ils prennent" ou "prélèvement" expriment déjà l’idée que les matériaux seront consacrés à l’édification de la maison de Hachem, les mots "pour Moi" viennent nous enseigner autre chose. C’est la raison de la remarque de Rachi : chacun devra apporter sa participation à la construction, non comme une démarche purement fonctionnelle, dépouillée de tout investissement, mais comme un acté réfléchi, un acte accompli avec la conscience de faire la volonté divine.

Cette précision de Rachi dépasse le cadre de notre paracha et peut trouver une application des plus importantes pour notre judaïsme. Lorsqu’un Juif apporte sa contribution à l’édification du Temple, c’est-à-dire lorsqu’il contribue par son comportement à construire (dans le monde) une demeure pour Hachem, il doit le faire avec le sentiment qu’il accomplit le désir du Créateur. Prier, étudier, aider un autre Juif ne doivent pas être vécus d’une manière machinale parce que répétitive. Chacun de nos gestes doivent être ressentis au plus profond de nous comme l’accomplissement d’une merveilleuse mission confiée par le Roi des rois. Il est parfois difficile d’échapper à la monotonie de l’habitude, mais Hachem nous a donné le moyen de surmonter cet obstacle : par l’étude de la Thora, chaque jour nouvelle puisqu’infinie, les actes quotidiens peuvent prendre une nouvelle dimension.

Pour la paix

Mais on peut aller plus loin. Le sanctuaire que les Juifs construisent dans le désert symbolise les mitzvoth matérielles que nous devons accomplir. Or, Rachi nous dit que cette construction doit être réalisée "à l’intention du nom de Hachem". Il doit en être de même pour les mitzvoth. Bien souvent il nous arrive de faire d’une mitzva un objet de vénération au point d’en oublier la raison essentielle de son existence. Une mitzva obéit à un but particulier, mais sa raison d’être (commune à toutes les autres mitzvoth) c’est de sanctifier le nom de Hachem et, selon les paroles du Ramban (Maïmonide) d’amener la paix dans le monde.

Ainsi, par la rigueur excessive ou par un esprit de tolérance trop accentué, nous nous écartons de l’intention véritable d’une mitzva. Un reproche adressé dans l’intention de faire honte peut éloigner un Juif du judaïsme ou bien encore l’éloge du mariage mixte, au nom de l’universalisme, peut induire en erreur de nombreux Juifs. Dans les deux cas, le point de départ est tout à fait louable. Faire un reproche à un autre Juif est une mitsvha et se montrer tolérant est une belle vertu à l’égard d’autrui. Mais on doit agir au nom de Hachem, c’est-à-dire d’après sa Volonté et non d’après "nos" intérêts. C’est ce que nous apprend ici Rachi : agir dans l’intention de servir Hachem, pour la paix qu’instaure la Thora et non pour le bénéfice personnel que nous pourrions tirer d’une mitsva.

Gérard Touaty (Actualité juive hebdo)