Épilogue

, par  Paul Jeanzé

Épilogue

J’eus besoin d’une bonne demi-heure pour reprendre mes esprits avant de retourner à ma voiture ranger mon vélo. Cette fois‑ci, je ne repartirai pas comme un voleur après avoir rendu discrètement mon dossard et insulté un concurrent. Non, aujourd’hui, j’aurai droit à un beau bouquet de fleurs ainsi qu’une séance photo pour la rubrique sportive du journal local. J’avais encore bien du mal à réaliser. C’était idiot, mais pendant quelques secondes je me demandai si c’était vraiment moi qui avais gagné. « Quatre secondes, tu as gagné avec quatre secondes d’avance sur le peloton m’avait indiqué Francis venu à mon secours pour m’extirper du fossé. Incroyable ! Tu as fait un sacré numéro Frédo, une victoire en costaud comme on dit, car derrière toi, la plupart des gars se sont relayés pour tenter de te rattraper. »

Je rentrai à mon domicile en toute fin d’après-midi ; après toute l’effervescence de la course et du podium, le contraste avec le silence qui régna d’abord dans ma voiture puis dans ma maison fut assez déconcertant ; le calme après la tempête d’une certaine manière. Mais un calme relatif puisque j’étais toujours dans ma course, ne cessant de la revivre, comme pour me dire que non, je n’avais pas rêvé, que j’avais vraiment gagné ; pour me souvenir de tout également ; pour que chaque instant de cette journée restât à jamais gravé dans ma mémoire, surtout ce dernier virage que je ne cessais de revoir au ralenti… Je somnolais dans mon canapé quand la sonnerie du téléphone me fit sursauter.

« Alors Frédo ! j’attends de tes nouvelles depuis plus de deux heures moi ! Et mon cousin aussi aimerait bien savoir si l’air pur de sa région et la cuisine de sa femme t’ont réussi ! Ça a donné quoi ta course ? » Je ne pus m’empêcher de rire avant de répondre à Manu : « Hé bien j’ai gagné Manu ; je l’ai enfin gagné ma course de vélo ». Quant à son déroulement, les entraînements, les souvenirs d’enfance et les aventures vécues pour en arriver là, tout resta bloqué au fond de ma gorge, comme si j’avais trop de choses à dire et que je ne savais pas vraiment par quoi ni par où commencer.

« Tu sais Manu, je crois qu’il faudrait que tu viennes me voir afin que j’essaye de te raconter tout ça depuis le début. » Et d’ajouter immédiatement en riant de nouveau : « mais ne t’attends pas à avoir de quoi écrire un roman avec ma petite histoire !

- Qui sait Frédo, qui sait ? » me répondit Manu d’un air songeur.

Au moment où nous allions raccrocher, j’ajoutai en guise de conclusion : « J’ai enfin trouvé un nom pour mon magasin de vélos. Dorénavant, il va s’appeler : la tête dans le guidon. »

Automne 2020 – Vallée de Chevreuse