De la patience

, par  Paul Jeanzé

Il faut parfois un temps infini pour comprendre certaines choses. Prenez une citation par exemple. La première fois que vous la lisez, vous n’en retenez rien. Et puis vous vous apercevez un peu plus tard qu’il en est resté quelque chose. Précisément parce que vous vous en souvenez justement ! Alors vous remettez la main dessus et vous tentez d’y voir plus clair.

La patience est la plus héroïque des vertus, précisément parce qu’elle n’a pas la moindre apparence d’héroïsme.
Giacomo Leopardi

Rabbi Yaakov Yossef, Rav de Polna, fut invité une fois comme parrain pour une circoncision dans un bourg voisin. Lorsqu’il se présenta, il manquait un homme pour constituer le minyan, ou la dizaine indispensable de participants. Le Rav était peu disposé à attendre et se fâcha ; il s’impatientait toujours quand il devait attendre. Mais comme une pluie dense n’avait cessé de tomber depuis le lever du jour, les chances étaient minces de pouvoir appeler un passant quelconque comme dernier invité. Néanmoins, à la fin, on vit s’avancer un mendiant sur la route. Sollicité comme dixième pour la cérémonie, il répondit : "Ainsi soit-il !" Et il entra. Quand on lui offrit du thé bouillant : "Ainsi soit-il", fit l’homme comme réponse. Et lorsqu’on le pria, après la circoncision, de se mettre à table avec les convives : "Ainsi soit-il", dit-il encore. Le maître de maison lui ayant demandé pourquoi il répétait toujours la même chose, il cita ce verset de psaume : "Heureux le peuple à qui cela advient !" Et déjà il avait disparu.
La nuit suivante, le Rabbi ne put fermer l’œil. Mais à force d’entendre le mendiant répéter son "Ainsi soit-il", il finit par comprendre que ce ne pouvait être qu’Élie venu lui reprocher d’être si fortement enclin au défaut d’impatience. "Heureux le peuple à qui cela advient", murmura-t-il, et aussitôt le retrouva le sommeil.

En 2005, Georges Moustaki, il a alors 71 ans, sort un album intitulé « vagabond ».

– Votre récente chanson ”le Soldat” évoque ce soldat juif qui s’interroge sur son beau projet, celui de ”faire fleurir les fleurs du désert” et qui se retrouve à devoir être le plus fort… Quels messages vouliez-vous exactement transmettre ?
– Plusieurs messages. Tout d’abord, c’est une histoire vraie. Le soldat est un ami d’enfance que je revoie régulièrement dans son kibboutz en Israël. Il avait en effet choisi de vivre en Israël pour y faire pousser des fleurs et se trouva soudain en uniforme. Cela ne l’a pas découragé pour autant. Il est et reste un homme de devoir. Mais sa destinée là-bas n’est pas du tout celle qu’il avait rêvée. C’est une chanson aussi de compassion pour tous ces militaires qui auraient imaginé et espéré autre chose que cette condition de soldat que les circonstances leur imposent. Avant cette chanson, je n’avais jamais évoqué mes origines. Or, dans mon dernier disque, il y a 2 chansons que j’ai composées en tant que juif. Celle sur le soldat et une autre sur la maman juive. Auparavant, cette idée ne m’avait jamais effleuré. Je suis en effet athée, libertaire et ne m’attache pas à des idéologies nationalistes. Mais l’importance grandissante de ce qui se passe au Moyen-Orient et le choc des civilisations que nous traversons actuellement m’ont donné l’envie de me situer aujourd’hui en tant que juif. Un juif marginal, mais un juif tout de même.