Chemini Digne d’intérêt ?

, par  Paul Jeanzé

Les fils d’Aaron, Nadab et Abihou, prenant chacun leur encensoir, y mirent du feu, sur lequel ils jetèrent de l’encens, et apportèrent devant le Seigneur un feu profane sans qu’il le leur eût commandé. 2 Et un feu s’élança de devant le Seigneur et les dévora, et ils moururent devant le Seigneur.
(Vayikra – ch 10. v1)

Quand je lis ce passage, ma première réaction est toujours la même, à savoir celle d’un être humain qui refuse que l’on puisse faire mourir un autre être humain, et ce quelle qu’en soit la raison, que l’on puisse la juger bonne, ou mauvaise. Je me demande s’il n’existe pas parfois derrière cette réaction primaire comme un refus de considérer la mort comme faisant partie de notre existence terrestre.

Sans doute ne faut-il pas prendre ces versets de la Torah comme une vérité historique, mais plutôt comme une simple vérité. En effet, la vérité est que la Torah, en nous relatant la mort des deux fils aînés d’Aaron, souhaite certainement nous faire prendre conscience de la gravité de leur action, ce point étant vraisemblablement plus important que le message évident à caractère éducatif suivant : attention, si vous me désobéissez, vous serez punis. Maintenant, en y réfléchissant quelques instants, j’en arrive à me demander combien nous sommes à trouver ce principe évident aujourd’hui ? Sans doute un peu plus nombreux que les rares qui l’appliquent encore vraiment…

Mais penchons-nous maintenant sur ce que disait Moïse, à propos de Nadab et Abihou :

Moïse dit à Aaron : mon frère, au Sinaï on m’a dit que Dieu disait que cette maison serait un jour sanctifiée par lui, et que cette sanctification se ferait par un grand homme. Je pensais que ce serait par toi ou par moi que cette maison serait sanctifiée, et maintenant je vois que tes fils sont plus grands que moi ou toi. (Lévitique Rabba 12,2)

À travers ce texte qui semble pourtant vouloir nous démontrer l’inverse de ce que nous attendions, peut-être faut-il imaginer que Nadab et Abihou se sont retrouvés frappés du syndrome de Babel, à savoir qu’en parallèle de leur évidente sainteté, ils se sont vus aussi hauts, voire plus hauts que le Divin.

Le Divin ne nous interdit en rien de monter vers lui, mais à nous de savoir redescendre le moment venu pour faire bénéficier à l’ensemble du peuple Juif de notre propre expérience, à considérer que notre expérience soit vraiment digne d’intérêt…