Le’h Le’ha Naître ou ne pas naître ?

, par  Paul Jeanzé

L’Éternel avait dit à Abram : "Éloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal et de la maison
paternelle, et va au pays que je t’indiquerai.

Gn, XII - 1

D’une certaine façon, on pourra remercier Abraham d’avoir fait le plus difficile. Pour préparer et construire le futur du peuple hébreu, il aura certainement dû rompre avec des êtres aimés, comme ses propres parents.

Il ne s’agit pas ici d’un éloignement matériel, mais d’une séparation à rebours, à partir de ce qui nous est le plus distant jusqu’à ce que nous avons de plus proche ; la sortie de notre lieu de naissance nous est plus facile que la séparation d’avec la maison de notre père, rupture qui nous semble particulièrement cruelle.
Nehama Leibowitz - En méditant la Sidra Berechit - p73

Le fraîchement converti peut ainsi remercier Abraham car il ne sera pas demandé à Zevoulon ou à un autre d’être Abraham, ni d’œuvrer comme Abraham. Cela pourra paraître paradoxal, mais il aura peut-être été conseillé à Zevoulon de ne surtout pas faire table rase du passé, et de profiter de cette nouvelle naissance comme d’une occasion non pas d’appauvrir mais d’enrichir les liens avec ses proches, ses amis, ses parents.

Une nouvelle naissance est comme un nouveau battement de cœur. Et qu’est-ce que l’apparition d’une nouveau battement de cœur sinon la vie qui renaît ?
(Le chandelier d’or - Josy Eisenberg et Aldin Steinsaltz - Verdier poche - p19)

Une nouvelle naissance pour laquelle je suis d’une certaine façon mon propre parent pourra alors me mener vers les lieux de naissance et de souvenir de mon propre père. Par une curieuse coïncidence, l’on pourra se retrouver, par un dimanche matin automnal, à quelques kilomètres de cette petite ville de 2300 habitants qui aura vu grandir mon père et où reposent, à quelques mètres l’un de l’autre, mes grands-parents paternels.

Partir à la recherche de sa propre identité, donner du sens à sa vie, est une aventure, une belle aventure, pas toujours facile mais j’aime la difficulté quand elle permet de donner le meilleur de moi-même. Et pourquoi faire « comme les autres » quand on peut être soi-même…