La promesse de l’étude

Par Zevoulon
lundi 1er janvier 2024
par  Paul Jeanzé
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Jacob vit les 17 dernières années de sa vie en Égypte. Avant sa mort, il demande à Joseph de faire le serment qu’il l’enterrera en Terre Sainte. Il bénit les deux fils de Joseph, Manasseh et Ephraïm, les élevant au statut de ses propres fils comme fondateurs de tribus au sein du peuple d’Israël.
Jacob bénit alors ses fils, attribuant à chacun le rôle de sa tribu : Judah produira des chefs, des législateurs et des rois ; les prêtres viendront de Lévi, les savants d’Issakhar, les navigateurs de Zévouloun, les maîtres d’école de Chimone, les soldats de Gad, les juges de Dan, les producteurs d’olives d’Acher, etc.
Un long convoi funéraire composé des descendants de Jacob, des ministres de Pharaon, des nobles de l’Égypte et de la cavalerie égyptienne accompagne Jacob dans son dernier voyage vers la Terre Sainte, où il est enterré dans la grotte de Makhpela à Hébron.
Joseph meurt à son tour en Égypte à l’âge de 110 ans. Lui aussi ordonne que ses ossements soient sortis d’Égypte pour être enterrés en Terre Sainte, mais cela ne se produira que lors de l’Exode des Hébreux hors d’Égypte bien des années plus tard. Avant sa mort, Joseph transmet aux Enfants d’Israël le testament qui sera le ferment de leur espoir et de leur foi dans les difficiles années à venir : « Hachem se souviendra de vous et vous fera sortir de ce pays vers celui qu’Il a promis par serment à Abraham, à Isaac et à Jacob. »

Il est intéressant de noter combien cette Paracha est une charnière dans l’Histoire du peuple hébreu, puisqu’elle commence avec « Jacob vécut dans le pays d’Égypte dix sept ans ». On sait d’après le Midrash que ces dix sept années furent les plus belles de la vie de Jacob. Et en même temps, elle préfigure le temps de l’esclavage. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle vient clore le livre de Berechit pour ouvrir celui de Chemot.

Les promesses n’engagent que ceux qui y croient
Un électeur déçu

Chaque promesse non tenue est une nuée sans pluie, une épée sans fil, un arbre sans fruit.
Le philosophe Alain (un jour qu’il ne trouvait pas le bonheur)

À travers ces deux citations, il semble que les promesses faites par les hommes ne se réalisent rarement. Il en va tout autrement quand il s’agit des promesses prononcées par Hachem.

« Joseph dit à ses frères : « Je vais mourir. Hachem se souviendra de vous et vous fera sortir de ce pays vers celui qu’Il a promis par serment à Abraham, à Isaac et à Jacob. »(Ch 50, v24)

Le dernier message de Joseph fut celui de la confiance en Hachem, au milieu de toutes les détresses que l’avenir pourra réserver à son peuple. Hachem se souviendra, et il enverra son rédempteur (Moïse), non seulement pour le sauver de la tyrannie Égyptienne, mais également de tous les autres tourments, jusqu’à l’avènement final du Messie. Joseph, qui avait si souvent connu dans sa vie des retournements miraculeux, était plus qualifié qu’aucun de ses frères, à résumer la somme de ses expériences dans la confiance en Hachem. Dès avant que la page se tourne et qu’un nouveau Livre (Chemot) nous mène aux abîmes des souffrances d’Égypte, les perspectives du salut messianique solennellement proclamées à la fin de Berechit, nous rappellent l’éternelle croyance d’Israël : Hachem envoie le remède avant le mal.
Elie Munk – La voix de la Torah

Jacob fit venir ses fils et il dit : « Rassemblez-vous, je veux vous révéler ce qui vous arrivera dans la suite des jours. » (Ch 49, 1)

Pourtant, il ne fit que les bénir. Pourquoi ?

Commentaire de Rachi
Ya‘aqov voulait leur révéler la fin des temps, mais la chekhina s’est retirée de lui, et il s’est mis à parler d’autres choses (Pessa‘him 56a, Beréchith raba 98, 2).

Jacob souhaitait pour Israël une délivrance à plus ou moins court terme, ou tout du moins « datée ». C’est cela qu’il voulait révéler à ses enfants. Mais dans une telle hypothèse, cette délivrance serait intervenue sans le moindre effort de la part des enfants d’Israël. Or, nos Maîtres expliquent que l’homme est attaché au produit de ses efforts plutôt qu’à ce qui lui vient gratuitement.
L’effort humain donne aux choses une valeur plus réelle, car c’est dans ce cadre que se réalise pleinement la Volonté divine : Hachem demande au Juif de vivre sa spiritualité dans la réalité du monde. Le désir de Jacob allait à l’encontre de la Volonté divine, car la délivrance n’était plus tout à fait le fruit d’un effort humain.
De plus, les textes nous rappellent que le Messie viendra à un moment de l’Histoire où les préoccupations humaines seront tournées vers des choses futiles qui n’accordent plus aucune place à l’esprit. Ainsi, le Juif ne doit pas se laisser impressionner par l’état du monde. Au contraire, il doit redoubler d’efforts et croire fermement, quand tout autour de lui ne l’y aide pas. Il ne s’agit par pour le Juif d’attendre le Messie mais de le faire venir.
Gérard Touaty

Avant la lecture de chaque chapitre des Pirke Avot, on récite d’ailleurs le passage suivant :

Tout Israël a part au monde à venir, comme il est dit : « Et ton peuple, tous des justes, héritera pour toujours du pays, germe que J’ai planté, œuvre de Mes mains, pour me glorifier ».

Rabbi Hayim de Volozyne : [...] Il n’est pas dit que tout Israël a une part dans le monde à venir, mais que tout Israël a part au monde à venir. Car avoir une part dans le monde à venir signifierait qu’une chose déjà constituée et distincte du commandement est prête pour celui qui la mériterait ; tandis qu’avoir part au monde à venir, signifie que l’homme constitue maintenant le monde à venir en accomplissant le commandement et que le monde à venir est l’œuvre de l’homme lui-même.

Nous ne conclurons pas ces quelques réflexions par de belle promesses. Non, nous ne serons pas récompensés pour avoir effectué une mitzvah ou une bonne action. Pourquoi ? Parce que la mitzah ou la bonne action est la récompense elle-même.


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