Contraventions ou le français conscient (Les)
par
Je viens de voir une chose qui m’a bouleversé… Ah !… Je ne peux pas vous dire ce que ça m’a fait ! Devant un panneau de stationnement interdit, il y avait un agent qui était là… avec ses petites contraventions à la main… « Messieurs-dames, s’il vous plaît ! »… et personne ne s’arrêtait. Ça m’a fait une peine… Ah ! J’y suis allé… Je lui ai dit :
— Donnez-m’en une !
Si vous aviez vu ce sourire !… Il m’a dit :
— Vous êtes chic !
— Je fais mon devoir, c’est tout !
— Ce n’est pas pour moi vous savez !
— Je sais… l’État a besoin d’argent et personne ne veut le comprendre ! Il ne peut tout de même pas dire : « À votre bon cœur, messieurs-dames ! » C’est lui qui a interdit la mendicité… alors… au lieu de mettre : « La mendicité est autorisée » il met : « Le stationnement est interdit. »… Mais personne ne comprend la délicatesse de ça !
— Ça fait deux heures que je suis là… je n’ai pas fait un rond ! Pourtant, je suis bien placé… il y a deux interdictions de stationner et un sens interdit… ça devrait marcher quoi !… Je ne fais même pas mes frais !… Il y a un marasme chez nous ; comme partout ailleurs.
— Écoutez !… Je vous ai vu faire… Je crois que vous avez une timidité dans le geste… vous manquez d’autorité ! Tenez… donnez-moi vos contraventions… je vais vous en vendre quelques-unes… Passez-moi votre képi.
— En principe, je n’ai pas le droit…
— Et vous le faites quand même !… parfait !… contravention !… donnez-moi mille balles.
Il m’a dit :
— Vous êtes fort !
— Tenez, la première voiture qui se trouve là ! Contravention !
— C’est la vôtre !
— Ah ben oui, tiens ! C’est la mienne ! Eh bien… elle n’avait pas à être là ! Allez, contravention ! Tenez ! La voiture noir et blanc qui est là… contravention !
— Ah non ! C’est la voiture piège de la police !
— Je n’ai pas à entrer dans ces considérations… elle est prise à son propre piège, c’est tout !… Contravention !
— Comme vous y allez !
— Il faut ! Il faut ! Si vous leur dites : « Voulez-vous une contravention ? », ils vous diront : « Non ! » Mais si vous leur dites : « Vous avez droit à une contravention ! », ils ne peuvent pas vous la refuser.
— C’est vous qui avez raison !… Rien que pour payer un déjeuner à l’Élysée… il faut en vendre des contraventions !… hein !
— Écoutez !… Je ne peux pas payer le repas complet, mais j’offre le café…
— Le sucre aussi ?
— Ah non !… Ça… ils se sucrent eux-mêmes !