Fonte des neiges

, par  Paul Jeanzé

Fonte des neiges

Au pied de montagnes enneigées dont le sommet est teint en rose par le soleil levant, un village se réveille en sursaut : des ouvriers s’affairent à l’intérieur du terrain de camping pour préparer la saison estivale. À grand renfort de marteaux et de perceuses, ils remettent en état les bungalows abîmés par la neige. D’ici quelques mois, les premiers vacanciers s’installeront et devront s’habituer au grondement du torrent qui coule à proximité. Ce matin, ce dernier sort à peine de sa torpeur hivernale ; son débit augmente doucement, mais on n’entend pas encore le bruit sourd des rochers entraînés par le courant.

En quittant le terrain de camping par un petit pont de pierre, on accède à une large plaine au milieu de laquelle un grand serpent blanc finit de se dorer au soleil : plus qu’un jour ou deux et la piste de ski de fond aura complètement disparu. Encore un peu grise, l’herbe tarde à se relever. Elle préfère rester couchée, pour le plus grand bonheur d’un joueur de golf qui trouve là un tapis idéal pour s’entraîner. Inlassablement, il tape des coups de trente à cinquante mètres en visant le pied du mât qui accueille en été la manche à air servant de repère aux parapentistes. Parfois, il met un peu de temps pour localiser une balle qui a roulé dans une des nombreuses galeries creusées par les rongeurs et dont on voit nettement les coulées affleurer à la surface du sol. En ramassant sa balle, l’homme tombe régulièrement sur des vestiges de la saison hivernale : un gant, un tube de crème solaire, quelques pièces de monnaie, un feutre de couleur rouge ; et plus insolite, le rond d’un panneau de sens interdit.