Thora et sagesse

Par Gérard Touaty
samedi 18 juin 2022
par  Paul Jeanzé
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Par une formulation originale, le Midrach nous propose de dissocier la Thora du concept de « sagesse ». « Si l’on voit, énoncent nos Maîtres, de la sagesse chez les Nations on peut le croire. Mais si l’on nous dit que la Thora existe chez les Nations on ne peut le croire ». Quel est le point de rupture entre Thora et « sagesse » ?

Une voie pratique

Dans son commentaire sur Rachi, le Maharal de Prague explique que le mot Thora s’apparente étymologiquement au mot horaa qui signifie « enseignement ». Ceci pour nous apprendre que la Thora n’explique pas seulement la vérité mais qu’elle apporte en plus la conclusion pratique [1] en fonction de laquelle l’homme devra se comporter : la moindre parole de Hachem ou un quelconque enseignement de nos Maîtres ne pourra être dissociée de l’application dans les faits qui en résultera.
La sagesse, en revanche, telle qu’elle se conçoit chez les Nations ne dicte pas à l’homme un comportement particulier à adopter après l’étude. Elle lui indique certes qu’en fonction d’une attitude spécifique il y aura telle ou telle conséquence mais elle ne l’obligera pas à se conformer à une voie (pratique) précise.
De cette différence fondamentale nous pouvons comprendre la grandeur de la Thora par rapport aux autres « sagesses ». Quand nous étudions un quelconque passage des textes de notre tradition avec l’idée qu’à partir de cette étude, une décision pratique doit obligatoirement se dégager, cela nous contraint à approfondir le sujet étudié. De par ce fait (l’effort intellectuel) la possibilité d’atteindre l’essence de ce sujet est plus grande. Bien plus encore. La qualité exceptionnelle de la Thora réside dans le fait qu’elle est capable de générer en elle-même la portée pratique (les enseignements à tirer) du message spirituel ou philosophique qui la définit.

Une seule entité

Cette relation intime entre « théorie et pratique » nous conduit vers un débat dont les remous perturbent encore le judaïsme de la modernité.
Depuis quelques temps déjà, certains Juifs « éclairés » ont cru bon de dissocier l’esprit du judaïsme de sa loi (la pratique des mitzvoth) pensant qu’il est possible d’être juif ou croyant sans l’engagement pratique des mitzvoth. Or, dans l’absolu et dans le sillage de ce que nous venons d’écrire, cette rupture est impossible, et ce pour la raison suivante.
La Thora dans de nombreux textes est appelée la « sagesse de Hachem ». À ce titre elle est donc infinie comme Hachem. Son caractère de vérité étant évident et incontestable dans la théorie (l’étude), il doit en être ainsi dans la pratique.
C’est pourquoi quand la Thora révèle la vérité d’un concept il est impossible de dire que l’authenticité de ce point ne se limite qu’au cerveau de l’homme (et pas dans la réalité quotidienne) car dans ces conditions, cela signifierait que cette vérité est limitée et donc parfaite.
Si l’homme refuse donc de pratiquer une mitzva, tout en pensant que cette mitzva est intellectuellement séduisante ou profonde, il avoue implicitement par ce refus l’imperfection de la Thora. Mais en fait cela va beaucoup plus loin. Puisque pour Hachem théorie et pratique ne forment qu’un tout, en séparant ces deux éléments l’un de l’autre il n’existe en fait plus rien. Dès lors la pensée juive ne sera qu’une illusion : ni « pensée », ni « juive ». Il faut voir là l’une des raisons pour lesquelles en récitant le Chema Israël on se couvre les yeux de la main : pour cacher la diversité du monde et ne penser qu’à l’unicité de Hachem et de sa Thora.


[1La Thora n’expose pas seulement une théorie philosophique ou spirituelle. Elle donne aussi la voie à suivre que nous enseigne ce qui a été étudié.


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