Troisième chapitre : le train de l’histoire – suite

mardi 1er avril 2014
par  Paul Jeanzé
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La gare de triage

« Ploc »
« Ploc »

Le petit son creux n’en finissait pas de s’insinuer dans ma tête. Sans doute m’arrivait-il de l’extérieur, mais l’étrange voile incolore qui recouvrait mes yeux pourtant ouverts m’empêchait pour l’instant de distinguer quoi que ce soit. Encore « une de ces céphalées qui embarquait en son bord un scotome scintillant qui obscurcissait la totalité de mon champ de vision » aurait certainement déclamé le médecin généraliste qui me suivait pas à pas de toute sa verte vitalité paternaliste, mais dont le vocabulaire avait tendance à rester si spécialisé que je quittais souvent son cabinet après une très longue attente en salle avec un terrible mal de crâne…

« Ploc »
« Ploc »

Le petit son creux se faisait un peu plus audible au fur et à mesure que je recouvrais la vision.

« Ploc »
« Ploc »

L’étrange voile incolore, maintenant indolore, commençait à se déchirer et à rétablir la réalité qui avait basculé un temps plus tôt : j’étais tout simplement assis dans le wagon vide d’un train endormi dans sa gare de triage…

« Ploc »
« Ploc »

Derrière la vitre. À l’extérieur…

« Ploc »
« Ploc »

De l’autre côté…

« Ploc »
« Ploc »

Le voile s’était maintenant totalement déchiré, laissant la place à un léger flou qui me permettait de remarquer qu’une silhouette tapait régulièrement à la vitre du train…

« Ploc »
« Ploc »

Je croyais reconnaître l’homme qui avait interrompu mon rêve interlope de l’aller. Sous son chapeau, dont la tresse relevait de la curiosité, il me semblait distinguer un large sourire plein de réconfort. À peine tentais-je d’esquisser un vague petit signe de la main que le petit son creux s’arrêta et la silhouette disparut. Je n’avais même pas eu le temps de lui rendre son sourire. À défaut de mes idées, je rassemblais lentement ma guitare et descendais précautionneusement du train. Je regardais ma montre : elle retardait. Le train était donc arrivé à l’heure. Je n’étais vraisemblablement pas resté très longtemps aux frontières de l’entre‑deux. Curieusement, le quai était presque désert. Comme si c’était toute la gare qui reprenait doucement son activité, après cet étrange moment de flottement qui semblait lui avoir été également destiné.


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