Michpatim Les gardiens de la Thora

, par  Paul Jeanzé

Il existe quatre catégories de gardien affirme le Talmud. Celui qui garde un objet gratuitement, celui qui est rétribué pour cela, celui qui loue un objet en payant le service et celui enfin qui emprunte un objet sans payer. Nos Maîtres expliquent que ces quatre gardiens symbolisent quatre expressions de la vie juive. Le Juif est, en effet, un gardien à qui Hachem a confié le monde pour qu’il l’utilise à bon escient. Pour cela Il lui a donné des mitzvoth qui lui permettront de mener à bien sa mission. Pour cette tâche on distinguera quatre attitudes.

Sans intérêt

La plus élevée de toutes est la première. C’est celle du gardien qui ne prendra aucun salaire. Elle correspond au Juif qui se donnera corps et âme pour le judaïsme sans chercher à tirer le moindre profit du monde. Comme le gardien qui ne garde l’objet que dans l’intérêt du propriétaire, ce Juif n’est juif que pour servir son Créateur. Il appartient à la catégorie de ceux décrits par le Rambam (Maïmonide) : "... Il ne sert Hachem ni pour un intérêt ni pour bénéficier d’un quelconque bienfait… Il agit ainsi parce que la Thora est "Vérité", etc".

La seconde catégorie est celle de celui qui gardera un objet et en percevra un salaire. C’est aussi un Juif pleinement attaché à la pratique du judaïsme, pratique qui constitue le but de sa vie. Toutefois, en retour, il attend de cette pratique un "salaire", un profit personnel pour avoir été un fidèle serviteur.

Vient ensuite le locateur qui utilise un objet mais qui paiera le prix de la location. C’est le Juif qui veut profiter du monde mais qui ressent néanmoins l’obligation de remercier Hachem pour les bienfaits matériels dont Il l’a gratifié : il pratiquera les mitzvoth par gratitude envers Hachem.

La dernière catégorie est celle du gardien (un locateur) qui emprunte un objet sans payer. C’est là une allusion au Juif qui n’est intéressé que par la jouissance du monde matériel et qui ne ressent nullement le besoin de remercier Hachem.

Une petite lumière

Si les trois premiers types de Juif sont appelés des gardiens, on peut difficilement accepter de donner ce titre au Juif que nous venons de décrire : il ne garde rien puisqu’il ne pratique aucune mitzva (ou très peu). Pourtant la Thora le qualifie aussi de gardien ! La réponse à cette contradiction trouvera sa source dans le Talmud : l’homme doit toujours s’efforcer de pratiquer les mitsvoth et cela même s’il le fait par intérêt car inéluctablement il parviendra à les accomplir d’une manière désintéressée. Ce Juif n’a qu’un lien très faible avec le judaïsme. Affirmer cependant qu’il ne lui reste aucune mitzva est chose impossible. Il a toujours en lui une petite flamme qui s’obstine encore à briller. C’est cette petite lumière qui fait encore de lui un gardien (même potentiel) et qui, un jour à la faveur d’une circonstance redeviendra puissante pour l’aider à devenir un véritable gardien.

Gérard Touaty (Actualité juive hebdo)