Quelques vers du passé

, par  Paul Jeanzé

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine [1]

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ? [2]

Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards ! [3]

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. [4]

Sous les huées des enfants prodiges
Avec les craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur [5]

[1Le pont Mirabeau - Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

[2Heureux qui comme Ulysse - Joachim du Bellay, Les regrets, 1558

[3L’automne - Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques, 1820

[4Le dormeur du val - Arthur Rimbaud, 1870

[5Le cancre - Jacques Prévert, Paroles, 1946