Parfois il faut savoir faire taire le silence

, par  Paul Jeanzé

Le poète aime à écrire sur l’amour en attendant l’arrivée du printemps. Pourtant, il n’en demeure pas moins attentif à l’air de son temps ; il voit au‑dessus de lui les noirs nuages s’accumuler, et il hésite à venir dessus souffler ; il hésite, car il a peur de se tromper ; il a peur de ne pas choisir le bon sens, ce bon sens qui verraient les lourds nuages s’en aller. Il hésite, et parle encor un peu d’amour en attendant l’arrivée du printemps. Et toujours ces nuages qui retardent l’arrivée du beau temps…

C’est bien joli tout ce silence
Alors qu’ici on tue en France
Au nom de quoi ?
Sinon d’une religion dont personne n’ose encor prononcer le nom

On nous appelle pourtant à la compassion
À ne pas crier vengeance
Et encor moins à nous défendre
Il nous faut même rester passif
Compréhensifs
Devant tous les envahisseurs successifs
Oui, accueillons avec déférence et insouciance
Même la plus dangereuse des engeances

Parmi cent cinquante réfugiés
Dont le terme même m’est étranger
Si un seul voulait me nuire voir me tuer
Et si ce n’était moi, un membre de ma propre famille
Devais-je vraiment prendre le risque insensé
Que sur mon propre sol moi et mes proches
Ne fûmes jamais plus en sécurité ?

Août 2016