Le seau du cerf

, par  Paul Jeanzé

Au cœur de la forêt
Au détour d’un petit ru serpentant
Quelques rochers

Au plus majestueux
Il fallut donner un nom
Afin que l’homme n’oubliât pas son existence

Les anciens druides le nommèrent le saut du Cerf
En souvenir du fier animal qui d’un bond
Avait enjambé la falaise pour atteindre un peu plus loin
Un sous-bois touffu de chênes

Les jeunes révoltés l’appelèrent le saut du Serf
En souvenir de celui qui
Pour échapper aux chiens de son Seigneur
S’était précipité vers la mort

Depuis plusieurs heures maintenant
Loin des querelles du passé
Assis sur le caillou le plus élevé
Mes jambes dans le vide balançaient

Une abeille et un papillon vinrent se disputer la fleur qui dépassait de la roche
Un petit vent frais sifflait dans mes cheveux
Le ciel était radieux
J’ouvris un cahier et écrivis en toutes lettres
Le sot du serf…
Ou du cerf…
Quelle importance finalement ?