Un éternel recommencement

, par  Paul Jeanzé

Le froissement du papier
C’est une nouvelle que l’on lit
C’est une page qui se tourne

Bien calé dans son fauteuil
Pantoufles au pied et journal dans les mains
Il apprend la disparition d’une vieille personnalité
Que tout le monde et lui-même avaient oublié

Depuis plus de vingt ans
Elle s’était retirée
Loin du grand échiquier
De ses pions
De ses fous
Un dernier échec et elle avait quitté la partie en jouant une mauvaise tour

La personnalité oubliée
Depuis plus de vingt ans
Achetait son journal au marchand du quartier
Ne suivant plus que d’un œil le grand échiquier

Le froissement du papier
C’est une nouvelle que l’on lit
C’est une page qui se tourne

C’est un journal qui tombe des mains
Un regard fixé vers l’éternité
Et peut-être demain
Une petite dépêche
Qui sera vite oubliée
Une fois la page tournée