La mort de la reine

, par  Paul Jeanzé

L’abeille sortit pesamment
De son trou sous la terre
Le soleil brûlait intensément
Elle se sentit fragile comme du verre

Longtemps elle vola au-dessus des champs
À l’herbe jaune au goût amer
Cherchant frénétiquement
Un beau jardin à ciel ouvert

Longtemps elle vola par-delà les champs
Au-dessus du cimetière
Où fleurs en plastique et d’argent
Gardaient une prison éphémère

Elle volait les ruines traversant
Pas de pollen dans cette atmosphère
Juste un vent chaud étouffant
Qui avalait le moindre souffle d’air

L’abeille épuisée se posa sur la terre
Une terre sèche et craquelée uniformément
Le ruisseau n’était plus qu’un désert
Dur comme du ciment

Ainsi disparut la dernière abeille de la terre
Dans un ultime tremblement

Derrières leurs dômes de verre
Les hommes en oublièrent même son enterrement