Stéphen Moysan En route vers l’horizon (2012 - 2017)

, par  Paul Jeanzé

Ballade

Longue marche
Sans que le ciel
Ne bouge.

Aller pieds nus
Sur les rochers
Un danger agréable.

Au bord de l’eau
Poussent des fleurs
Sur les maillots de bain.

Début de l’été

Fatigués du métro
Ils s’entassent
Sur la plage.

Le chant des sirènes
N’attire
Que des naufragés.

Une foule allongée
En code barre
Le prix des vacances.

Leçon du maître

S’armer de patience
Pour finir conquis
Par la paix intérieure.

Au chant des oiseaux
S’entrainer au paradis
À contempler des fleurs.

Elle fait fi des soucis
La sagesse de l’esprit
D’être fou de bonheur.

Avant le déjeuner

Messe de midi
Au chant du clocher
Les ombres s’enterrent.

Place de l’église
Trop de monde
À la terrasse des cafés.

Brune, blonde ou rousse
- Il les aime toutes
Le soiffard.

Le soleil

À trop le regarder
On plonge
Dans l’obscurité.

À lui tourner le dos
On fait face
À son ombre.

Il est pourtant
Sans côté sombre
Le soleil.

9 juillet

Saison des amours
Les abeilles embrassent
Le cœur des fleurs.

À la lumière du jour
Rien n’indique
Le chemin des rêves.

En route pour la joie
Une famille est témoin
D’un mariage heureux.

Temps calme

Parti très loin
Dans mes pensées
Je me suis perdu.

À le suivre des yeux
Un papillon me ramène
À moi même.

Au bord du lac,
Pêcher plus de silence
Que de poissons.

Chaude après-midi

Lourdeur du temps -
Le poids d’acier
Du ciel bleu métal.

Être en sueur
Comme un poisson
Sorti de l’eau.

Dans l’herbe sèche
Lentement la limace lèche
L’ombre d’un nuage.

Les reflets

Comme un reflet
Dans les yeux du pêcheur
La couleur de la mer,

En cette fin de soirée,
Il a offert à son fils
Le meilleur anniversaire,

Heureux de l’avoir attrapée
Dans son seau d’eau
L’enfant repart avec la lune.

Témoignage

Chemin de nuit
Que nul n’emprunte
Sauf les ombres.

Le long de la plage,
Clôture barbelée,
Du sable s’est évadé.

Assassin en herbe
Piétinant la pelouse
Le voleur de fleurs.

Nuit dehors

Mes rêves Envolés
Avec le hibou
Qui m’a réveillé,

Sous la voie lactée,
Un nuage passe :
- Éclipse d’étoiles,

Au rythme du vent,
Les feuilles des arbres
Applaudissent.

Sortie de bar

Si haut et pourtant
Aux pieds de la fourmi
Commence le ciel.

Pleines à ras bord
Les poubelles
Festins de mouches.

Ici - L’ivrogne a l’esprit
Vif comme une limace,
Et la répartie baveuse.

Six heures

Instant délicieux
À une heure matinale
Entre le jour et la nuit,

En prenant son café
Manger des yeux
Un croissant de lune,

Manque de bol
Au petit déjeuner
Moucheron qui boit la tasse.

Pause café

Prendre son temps
Au petit déjeuner
Délice du matin.

Ne rien faire -
Mais patiemment
Le faire bien.

Toucher du doigt
Que le bonheur est
À portée de main.

Sur la plage

Chaleur du matin
Le soleil a mis
Le feu aux nuages.

Je pense au futur
Et le présent est
Déjà passé.

Dans chaque vague
Un peu de sable
Du temps qui s’écoule.

Le vieux marin

D’humeur noire
Le voici faire
De l’humour fumant,

Il coule un bronze
Au pied du Christ
Qui reste de marbre,

Le vieux marin
Son âme rouillée
Par l’océan.

Triste constat

À fuir le malheur
On peut faire
Le tour du monde.

À mettre nos crimes
Bout à bout
On mesure les ténèbres.

Même à reculons
Ceux qui vivent
Avancent vers la mort.

1er Novembre

Alors que pour rire
Des enfants jouent
À la guerre,

Ciel de Toussaint -
Les nuages pleurent
Les morts.

Au cimetière
L’envol d’un corbeau
Accompagne les prières.

Il me manque

Un ciel chagrin
L’esprit des fêtes
Du mois de novembre.

Je pense à lui
Depuis qu’il est parti
Plus qu’avant.

Est-il mort en paix
Grand-père
Qui a fait la guerre ?

S’il vous plait

Ciel d’automne -
La pluie a
Le gout des nuages.

Mort de faim de vivre
Jusqu’à l’ivresse
J’ai soif d’autre chose.

Donnez-moi à boire
Ce qui réchauffe le cœur :
Des mots d’amour.

Que Dieu l’écoute

Ciel nuageux -
La nuit fait du silence
Sa seule étoile.

Assis en tailleur
Dans les herbes folles
Le sage médite.

Sa prière quotidienne,
Un espoir déçu,
La Paix sur Terre.

Poème Japonais

Soir d’automne -
Il est un bonheur aussi
Dans la solitude.

De temps en temps
Les nuages nous reposent
De tant regarder la lune.

Rien qui m’appartienne
Sinon la paix du cœur
Et la fraicheur de l’air.

Buson - Basho - Issa

Pigeons dans la chapelle

Terre et ciel
De la même couleur,
Jour de neige.

Pour un peu de chaleur
Au cœur de l’hiver
J’ai brulé un cierge.

La statue de la vierge -
Hélas, elle ne contente
Que les pigeons.

Poésie urbaine

Paris, fierté de la nation,
Un million d’appartements,
Trop peu pour les pauvres.

Les temps sont tristes -
Dans le gobelet du mendiant
Plus de pluie que de pièces.

Malheureusement en hiver
Nous manquons de chaleur,
Même les cœurs sont froids.

Constat

Dès le début
Vivre c’est être
Condamné à mort.

Aussi, chaque jour
Chercher Dieu
Et trouver son silence.

À trop bien parler
L’Eternel risque
D’être mal compris.

Les mots de Faustine

Une idée d’autrui,
Croire aux siennes :
- Quelle difficulté !

Gris est le doute,
Violet, vert, jaune ou bleu,
Le remède : choisir.

Il n’y a pas de miracle
À broyer du noir
On ne dessine pas l’avenir.

Les maux de Faustine

Énergie forte
Qui jaillit comme un volcan,
Grosse colère.

La rage gronde
Douleur devenue haine
Amour égorgé.

- Que de malheurs !
Le mauvais sang
D’un cœur déchiré.

Février

Jour de neige,
Froide inspiration,
Page blanche,

Entre deux silences
Un vent d’hiver
À couper le souffle,

Mon seul espoir
Que brule en moi
Le feu de la poésie.

Sagesse

Vie qui crie après
Les parents qui crient
Après les enfants,

Hélas, hurler c’est
Beaucoup de bruit
Pour ne rien dire,

Mieux vaut écrire
Avec peu de mots
Une leçon du silence.

Éloge du Bref

Ciel et mer
Ne font qu’un
À l’horizon.

Voir fleurir
Les cerisiers
Ma gourmandise.

Petit à petit
Un poème grandit
À rester petit.

Voir en ligne : Éternels éclairs