Le phare par l’amour fracassé

, par  Paul Jeanzé

L’eau
La mer
Liquide improbable
Flaque d’huile

Le phare
Salutaire lampe à pétrole
Évite le pire aux bateaux ivres d’alcool
Éthylique Éthanol
Univers grand-guignol
Soumis aux frasques d’Éole

Une vague audacieuse
Sur les rochers vint se briser
Sa sœur tempétueuse
Autour du phare vient se lover
Puis s’étire
Se retire
Et revient cette fois-ci tumul-tueuse
Contre le fanal se fracasser

D’amour voilà le phare qui se fissure
Pour cette vague qui au loin lui susurre
« Part avec mes embruns
Quitte la terre
Rejoins la mer
Et son air mutin »

Vers les vagues le falot sémaphore se penche
Étourdi enivré
Il se laisse bêtement choir

La mer par l’éther éméchée
S’embrase au milieu du vieux phare dessoudé
Feu de paille
Feu de courte durée
Les vagues pleurent et éteignent les flammes
Elles se retirent
Tristes comme les vieilles pierres
Pour qui elles ne peuvent plus s’embraser

L’eau
La mer
Liquide improbable
Flasque et folle
En a fini d’aimer et de se consumer
Les ténèbres ont repris leurs quartiers

Un bateau
Ivre d’alcool
À l’inconnu se retrouva livré
Et la Mort
Gourmande
L’invita à venir sur les rochers s’y échouer