Le chapardeur

, par  Paul Jeanzé

À M. Dupas

C’était une maison blanche
Aux volets verts fermés
Une bâtisse fière et franche
Au fond d’une impasse de graviers

Avec l’aide d’une brindille
Je poussais silencieusement le loquet
Comme un chat dans une aiguille
J’avançais à pas feutrés

Sous les yeux gris d’un enfant crayonné
Je m’engageais rêveur
Dans un roide escalier

À l’étage trônait une bibliothèque antique
Au regard vitreux et vitré
Qui protégeait vaillamment
De vieux ouvrages écornés

Bibliothèque antique
Au contenu éclectique

Une toile d’araignée
Un paroissien romain
Des auteurs oubliés
Huit siècles de poésie
Quelques grains de poussière
Des lettres griffonnées
Qui en marge s’agitaient

Si, tenté du démon
tu dérobes ce livre,
apprends que tout fripon
est indigne de vivre

Au moment de m’enfuir
La rose blanche du bréviaire
Dans ma main se fanait
Quelques grains de poussière
À jamais s’envolaient

C’était une maison blanche
Aux volets verts fermés
Une bâtisse fière et franche
Au fond d’une impasse de graviers

L’Éguille – Août 2015