La trouée

, par  Paul Jeanzé

À travers un bout de forêt
La route a creusé une saignée
La forêt se tord de douleur
Hurle et agonise
L’horizon défile
Des immeubles
Des immeubles
Des immeubles
Et une déchetterie qui accueille leurs ordures en se pinçant le nez

Grisaille d’une fin de matinée
Les néons de la ville sont en deuil
Une multitude de papiers gras
Quelques maigres feuilles
Tourbillonnent en silence

Banlieue de nulle part
Petite ville d’une campagne qui se meurt
La voiture au hangar
Je m’assieds sur des marches et je pleure

Je pleure sur l’automne des poètes
Ô vous mes tendres amis qui louiez la nature
Me parliez de l’enfance
De ce temps où les ponts de la ville
Avaient la mélancolie sereine
Où la mort allongée au soleil
Respirait tranquillement dans un vallon verdoyant

Venez à mon secours
J’ai tant besoin de vos vers
J’ai tant besoin de les lire, de les écrire et de vous les offrir